— Ah! oui, la danse des trépieds… Je n'ai jamais assisté à leurs cabrioles.

— Il prit la balle au bond: — Je puis, s'écria-t-il, vous mener, dès ce soir, à une réunion où vous verrez, dans ce genre, des manifestations merveilleuses.

— Et vous croyez que cela suffira pour me convertir à l'occultisme?… Permettez moi d'en douter.

— Vous pouvez toujours constater les faits.

Je réfléchis un moment. J'avais lu ou entendu dire bien des choses contradictoires touchant ce rite fondamental de l'aberration spirite. Je n'éprouvais aucun penchant à vérifier ce qu'il peut y avoir de réel dans ce qu'on rapporte des tables tournantes. Mais, n'ayant rien de pressant à faire en ce moment, je ne vis pas d'inconvénient à me rendre à cette réunion. D'autant que je me disais qu'il y aurait peut-être là l'occasion d'étudier quelques états d'âmes insolites.

— Et bien, soit, repris-je, je vous accompagnerai.

S… marqua de la satisfaction. Il me remercia chaudement comme si je lui rendais un grand service. Après avoir pris rendez-vous pour huit heures du soir, nous nous séparâmes.

En m'en allant, je notai cette rage de prosélytisme qui tient les gnostiques. Nulle part, elle ne s'exerce avec plus de persistance qu'auprès des catholiques. On dirait que c'est pour eux une souffrance de voir ceux qui chérissent l'Église demeurer fidèles à leur foi.

IV

Le soir, S… me conduisit dans une des rues les plus paisibles du quartier Léopold. Il était nerveux; chemin faisant, il ne me parla que par phrases saccadées où il était question de mystères sublimes et de révélations irrésistibles. Pour moi, j'étais aussi calme que si j'allais assister à une séance de prestidigitation.