Pour S…, il me parut un peu déconfit de ce tumulte ahurissant. Il me guignait en dessous et semblait craindre que je ne prisse guère au sérieux les agitations de ses frères et soeurs en occultisme.

Cependant, le tohu-bohu allait croissant. Tous les termes du vocabulaire spirite, tout le jargon de la théosophie s'entre choquaient dans l'atmosphère de ce salon frelaté de métaphysiques virulentes.

Je m'ennuyais fort. Je méditais de m'esquiver sans attirer l'attention, quand, soudain, Blumenthal prit la parole d'un ton péremptoire et dit: — Mesdames, Mesdames, et vous Messieurs, nous nous égarons. Il faut procéder avec méthode, continuer nos expériences, joindre de nouvelles manifestations de l'esprit à celle que nous avons déjà obtenues… Ce soir surtout, ajouta-t- il, en glissant un clin d'oeil de mon côté, il importe d'obtenir des résultats.

Il me fut évident que le Juif était le maître de la réunion. Car, sitôt qu'il eut parlé, le hourvari s'apaisa. Tous s'inclinèrent avec déférence. Et la maîtresse de la maison dit d'une voix qui se voulait solennelle: — Consultons l'oracle.

Sur quoi, le chafouin et le chauve se levèrent, allèrent prendre dans un coin un guéridon en acajou, monté sur trois pieds, et l'apportèrent au milieu du salon.

S… me dit: — C'est maintenant que vous allez voir des choses étonnantes…

— Je le souhaite, répondis-je, car jusqu'à présent je n'ai vu et surtout entendu que des bavards d'une rare incontinence.

La maîtresse de la maison, la naine et le chafouin prirent place autour du guéridon et, suivant le rite classique du spiritisme, y posèrent l'extrémité des doigts, leurs auriculaires et leurs pouces se touchant.

Les autres, enfin silencieux, faisaient le cercle autour. Je scrutai les physionomies et je constatai qu'ils étaient tous fort émus. À coup sûr, il n'y avait point, parmi eux, de mystificateurs ni de sceptiques: ils croyaient de tout leur coeur que quelque chose de sublime allait se manifester dans cette table.

L'Hébreu s'avança. Il s'efforçait de prendre un air inspiré. Mais je dois dire qu'il y réussissait fort peu: malgré tout, la bassesse de son âme transparaissait toujours sur son hideux visage. Lui seul me fit l'effet d'un charlatan qui joue un rôle.