Il traça un signe serpentin au-dessus du guéridon et proféra en scandant les mots: — Au nom du Plérôme, Esprit qui nous libéras des religions inférieures, envoie-nous, comme tu l'as déjà fait, l'Éon Hugo, celui qui reniant le Crucifié, propagea dans le monde, avec magnificence, la gloire d'Ennoïa.
Dès que j'eus entendu ce blasphème gnostique, je fis, sans m'en cacher le moins du monde, un large signe de croix et je prononçai mentalement la conjuration: In nomine Patris et Filï et Spiritus Sancti, procul recedant phantasmata.
Du reste, personne ne remarqua mon geste. Tous, béants, frémissants d'attente, se penchaient vers le guéridon, le dévorant des yeux.
Une dizaine de minutes s'écoulèrent. Un silence absolu régnait dans le salon. Les mains des trois évocateurs se crispaient sur le bois.
Tout à coup, la maîtresse de la maison dit, d'une voix étouffée: -
- L'esprit vient, je le sens…
De fait, le guéridon se souleva, en craquant et, d'un de ses pieds, frappa un coup sur le parquet (On sait que d'après une convention constante du spiritisme, un coup signifie: oui, deux coups: non. Pour les autres mots, le nombre de coups correspond au chiffre de chaque lettre de l'alphabet.)
L'assemblée ondula, en soupirant d'angoisse et de désir d'en apprendre plus long.
— Esprit, es-tu là? demanda Blumenthal.
Un coup: — Oui!
— Est-ce Hugo qui nous parle? dit la maîtresse de la maison.