— Mais, Madame, elle dort…
— Cela ne fait rien. Réveillez-là!…
La bonne s'éclipse et la dispute recommence.
Rentre la bonne tenant sous le bras une petite vieille qui pouvait bien avoir quatre-vingts ans. Boutonnée à la hâte dans une robe de chambre à carreaux, coiffée d'un bonnet de nuit, mis de travers et qui laissait échapper quelques pauvres mèches de cheveux blanches, elle était toute ahurie de ce brusque réveil. Ses yeux vagues clignotaient et elle balbutiait des mots sans suite.
Je la pris en pitié. Je trouvais révoltant qu'on eût tiré de son lit cette déplorable aïeule pour la faire assister à ce carnaval de détraqués.
J'allais formuler — sans douceur — ma façon de penser quand, soit par un mouvement spontané, soit que la dame de la maison l'eût poussé, le guéridon s'échappa, glissa sur le parquet, l'espace de deux ou trois mètres, et vint tomber sur la vieille femme.
Celle-ci poussa un hurlement et prit une attaque de nerfs, dans les bras de la servante qui l'emporta en grommelant: — Sont-ils bêtes!… C'est pas des choses à faire, savez-vous!…
Cependant, la dame de la maison reprenait, triomphante: — Vous voyez bien que c'est papa. Qu'est-ce que je vous avais dit?
La querelle, sur cette affirmation, n'en devint que plus violente. Ce qui m'indigna particulièrement, c'est que personne ne semblait se soucier de la pauvre vieille. Je dis à S… qu'il faudrait la soigner et qu'avoir causé une pareille frayeur à une femme de cet âge, c'était abominable.
Mais il ne m'écoutait pas. Plus frénétique encore que ses voisins, il se démenait, gesticulait, en vociférant des insanités.