Dans n'importe quelle province de France, une élection, au suffrage universel, c'est toujours une farce abondante en péripéties bouffonnes. Si l'on y assiste comme spectateur désintéressé, cela fournit déjà pas mal de documents sur les motifs qui influencent «le peuple souverain» dans le choix de ses mandataires. Mais si l'on pénètre dans les coulisses, si l'on met la main aux ficelles qui font gigoter celui-ci et gambader celui- là, si l'on vérifie quels sales cartonnages doublent les décors pompeux que les turlupins de la politique parlementaire offrent à l'admiration badaude des électeurs, on ne garde guère d'illusion sur la portée de cette parade.

Le rideau tombé, les bouts de papier extraits du pot suspect où ils s'entassent, on éprouve un sentiment complexe. Recensant les cabrioles des candidats, l'on a envie de rire. Récapitulant les clapotis bourbeux de la «matière électorale», on a envie de pleurer.

Ah! qui veut conserver de l'optimisme touchant la nature humaine fera bien de ne pas se fourvoyer dans une aventure de ce genre…

Cette guigne m'advint et, par surcroît, ce fut dans les Hautes- Pyrénées, c'est-à-dire dans une contrée où la politique purement alimentaire se manifeste sans aucun voile.

Je n'y allais pas de gaîté de coeur. Venu à Lourdes pour prier et pour écrire un volume sous la protection immédiate de l'Immaculée qui rayonne à la Grotte, je ne me sentais nullement enclin à prendre parti pour l'un quelconque des individus baroques qui sollicitaient les suffrages des montagnards.

Mais des personnes, dont je respecte le caractère et les intentions, m'affirmèrent que l'intérêt de l'Église était en jeu et qu'il importait beaucoup de la servir en cette occasion.

Je n'en fus jamais fort convaincu d'autant que je tiens le suffrage universel pour une des inventions les plus ineptes et les plus malfaisantes à la fois de la démocratie.

— Pourtant, me dis-je, ne fût-ce que pour récolter des exemples à l'appui de mon opinion, il n'y a pas grand inconvénient à étudier de près la façon dont se pratique cette burlesque cuisine.

Ce sont donc quelques unes des notes prises au cours d'une campagne électorale dans l'arrondissement d'Argelès, en 1910, que je développe ci-dessous.

* * * * *