Puis il reprit le train et l'on n'entendit plus parler de lui jusqu'à la fin de mars.

Sur ces entrefaites, un autre candidat fit son apparition. Celui- là était un agréable zéro, un tel néant qu'au regard de lui la nullité prétentieuse de Renaud offrait presque une certaine consistance.

C'était M. Paul Dupuy, fils cadet de Jean Dupuy, pour lors ministre de je ne sais plus quoi et sénateur de la région.

Il avait vingt-six ans. On dit que sa jeunesse s'était dépensée en godailles excessives et que son papa, las de remplir un panier constamment percé, lui avait donné à choisir entre un conseil judiciaire et un siège de député.

Je ne sais pas si la chose est exacte. Mais ce qu'il y a de certain, c'est que Paul Dupuy était incapable de prononcer trois phrases de suite sans bafouiller. On lui fit apprendre par coeur un vague discours qu'il débita, tant bien que mal, dans toutes les réunions. Interrompu, interrogé, il se mettait à rire, puis reprenait tranquillement sa phrase à l'endroit où on lui avait coupé la parole.

Au physique, l'aspect d'un petit jeune homme bien pommadé, l'élégance du premier commis d'un grand bazar dans une ville de province.

Mais il avait pour lui, outre ce père très riche et très influent parmi la radicaille, la franc-maçonnerie, les sionistes, l'administration, tous les faméliques qui guettaient quelques reliefs de l'assiette au beurre, et un agent électoral très expert dans l'art d'extraire de l'urne une tête de bois, une savate, un pantin à ressort, bref n'importe quel outil commode à manier pour les meneurs du Bloc.

Tels étaient les adversaires en présence. Nous allons maintenant les voir à l'oeuvre (Il y avait aussi parmi les tenants de Paul Dupuy un certain nombre de libéraux tremblants qui se figuraient que s'ils marquaient de l'hostilité au régime, la Maçonnerie en profiterait pour faire interdire les pèlerinages. Erreur totale, comme on le verra).

Je ne puis ni ne veux tout dire des dessous de cette élection. Je me contenterai d'en montrer le côté anecdotique. Et je crois que cela sera suffisant pour renseigner les personnes — de plus en plus nombreuses — qui commencent à prendre en dégoût tout régime basé sur le principe du suffrage universel…

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