«Paris s'amusa fort des glorioles que les Natanson affichaient. Dès leur second bal, la Pologne délégua tous ses juifs, traducteurs de romans étrangers, rédacteurs d'agences de presse tripliciennes, correspondants des gazettes sémitiques du monde entier. Puis apparut l'armée des traducteurs. Une invasion d'Anglais, d'Américains, de Suédois, de Danois, d'Allemands tomba sur nos libraires. Dans la presse, c'était l'âpre concurrence des petits juifs si humbles la veille, la monopolisation du théâtre, le boycottage pour tout ce qui portait un nom français…»
Malgré son dreyfusisme militant, malgré l'appui que lui donnaient maintes juiveries influentes, la Revue blanche périclita. Ses fondateurs, ayant subi des revers à la Bourse, en cessèrent la publication et cédèrent leurs abonnés à l'un de leurs compatriotes le Juif Finckelhaus dit Jean Finot qui se vantait d'avoir pour lectrices de sa Revue «toutes les têtes couronnées».
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Toutefois dans ce tohu-bohu de déclamations anarchistes et de littérature extravagante, quelques uns gardaient le sens de la tradition française et combattaient sans merci les infiltrations du cosmopolitisme.
Ainsi Charles Maurras qui, dès lors, avec une logique implacable et un art consommé, maintenait les droits de la culture gréco- latine. Il soutenait l'école romane et refusait absolument à l'art germanique le droit de rivaliser avec l'hellénisme.
Nous eûmes, tous deux, à cette époque (1891) une polémique assez intéressante. Imprégné de Wagner jusqu'aux moelles, j'avais avancé que les héros de _Niebelungen _valaient bien ceux de l'Iliade et de l'Odyssée. Et je reprochais à Maurras son parti pris en faveur des derniers.
Maurras me répondit (dans la revue l'Ermitage): «Des nombreux adversaires de l'école romane, vous fûtes à peu près le seul à montrer de la courtoisie. Vos discours furent véhéments et je n'y lus aucune injure. Je n'y vis pas la moindre trace de cette basse envie qui enfla tout l'été les moindres ruisseaux du Parnasse. Vous compariez les _Niebelungen _à l'Iliade. Vous osiez opposer Brunehild à Hélène, Siegfrid au valeureux Achille. Vous répandiez sur nos félibres un singulier dédain et vous réussissiez à dire ces blasphèmes dans la prose d'un honnête homme.
«Vous répondre? J'en eus envie. Mais les événements vous répondaient d'eux-mêmes.
«Il y a peu de jours encore, un poète anglais passait le détroit. Ne déclarait-il pas, comme on l'interrogeait sur les époques de la littérature française que la plus brillante était, à son goût, le temps des cours d'amour.
«Et il ajoutait que Swinburne, Morris et Rossetti et lui-même devaient leur science et leur art aux exemples des grandes trouveurs gascons et provençaux…»