Cette fausseté perpétuelle m’exaspérait — et il en résultait des scènes qui n’étaient point faites pour apaiser ma pauvre âme tumultueuse. Il fallait la quitter cette femme, dira-t-on. Sans doute, mais voilà : le lien sensuel — et réciproque — était trop solide entre nous. J’avais beau me raisonner, je demeurais captif de ses splendides yeux noirs et de ses petites mains caressantes.
D’autres vices où elle excellait, j’en subissais, hélas, la contagion ; de sorte que nous formions un couple où les querelles endiablées alternaient avec de furieuses débauches.
Quel cercle de l’enfer qu’un tel ménage interlope ! De la part de l’homme il n’y a — dès qu’il récupère sa dignité — que mépris pour sa compagne et honte de lui-même. L’amour véritable n’existe pas ; l’attache provient d’une complaisance presque morbide pour les ivresses charnelles et d’une soumission de caniche aux plus bas instincts.
La femme, elle, se pavane surtout dans la gloriole de tenir asservi le mâle qu’elle dorlote, excite et griffe tour à tour. Tout cela, on l’habille de poésie. C’est un prétexte à des vers qui brûlent comme des feux de Bengale et à explosions d’images chatoyantes et malsaines.
Mais, en somme, quel piètre recours contre les outrances du vice ! Et comme on sort de là le cœur inassouvi et malade !…
Des mois passèrent.
Pour pallier les effets de mon désarroi moral, j’imaginai de me forger une sorte de paganisme. Par là, je tentais de justifier mes passions. — Certes, je ne croyais pas aux dieux de l’Olympe, bien que la Grèce, compendium des civilisations aryennes, m’ait toujours été chère.
Seulement, je me disais : Puisque je ne veux ni ne puis adhérer au christianisme, puisque la Nature, souriante et farouche à la fois, m’attire passionnément, je magnifierai le Destin aveugle et les Forces impénétrables qui font de l’homme leur jouet. Je déifierai mes instincts et j’écarterai de moi toute pensée altruiste qui me détournerait de mener mes cinq sens à la pâture des voluptés.
Je célébrai donc les rites du Grand Pan et de l’Aphrodite captieuse. Néanmoins, il se mêlait à ces folies un remords secret qui ne laissait pas de me rendre très triste aux heures où, la fièvre des sens tombée, je regardais dans mon âme et la trouvais aussi sale qu’une bouche d’égoût qu’on négligea de curer.
Alors je m’écriais : — Non, le nunc est bibendum et pede libero pulsanda tellus, non, le jouissons et rions ironiquement sans souci des jours, puisque, demain, nous mourrons ne suffisent pas à me contenter. Il me faut un Idéal moins grossier…