Mais lequel ?

Cette notion du Divin que nous ne pouvons détruire en nous, à moins d’être devenu tout à fait les servants du Diable, me tenaillait sans repos.

Je tournai autour du squelette qui a nom Kant. J’en démontai les ressorts. Mais l’Impératif catégorique du sophiste de Kœnigsberg me fit froncer les narines… La raison suffisante me parut aussi sèche que les tibias de Calvin. Et j’allai ailleurs.

Je tentai le panthéisme, ce qui me ramena, plus ardemment que jamais, aux arbres. Je crus alors découvrir mes dieux, parcelles de la substance indéfinie, sous l’écorce des chênes et dans le feuillage des hêtres. J’adressais des prières aux bouleaux. La rosée, sur les fleurs d’or des genêts, m’apparaissait comme une eau lustrale. — Cette aberration, c’était, tout de même, plus propre que le paganisme orgiaque.

Dans ce temps-là, j’éprouvais une joie obscure à plaisanter la vie terrestre de Notre-Seigneur. Voici une phrase prise dans un article publié durant cette période : « Après tout, le Galiléen était un assez brave garçon ; mais il manquait de sens pratique. »

Si je la transcris, en rougissant, et en en demandant pardon, c’est qu’elle montre mon état d’esprit d’alors.

D’ailleurs, chaque fois que le Nom Auguste de Jésus me venait sous la plume, je devais l’éviter pour le remplacer par ce sobriquet : Galiléen. Et agissant ainsi, je me rengorgeais, fier comme un dindon en sa basse-cour, car je m’imaginais presque égaler Julien l’Apostat ou le mégalomane Nietzsche.

Bientôt, le panthéisme m’apparut trop diffus et trop vague. Et d’autre part, je fus bien forcé de m’avouer que la Nature, sous son masque de sérénité, cache une face d’airain.

J’aurais voulu, oh ! oui, j’aurais voulu que tout autour de moi fût mansuétude, indulgence, aide réciproque. Et chaque fois que j’essayais de conquérir cette notion de douceur par l’étude des forces naturelles, il me fallait bien constater que la concurrence vitale règne durement sur le monde. Cette évidence me brisait le cœur.

Quoi, même dans la forêt, si les pins faisaient alliance avec les bouleaux pour une protection mutuelle contre les essences guerrières, à côté, les chênes et les hêtres se livraient une bataille sans merci et où l’on ne comptait plus les cadavres.