Voyez ! Le blasphémateur d’hier est maintenant en adoration devant son crucifix et prie la Vierge Marie avec la candeur d’un enfant. N’y a-t-il pas là manifestement une preuve extraordinaire, osons le dire, une preuve surnaturelle de l’infinie miséricorde et de la toute puissante grâce de Dieu ?
Parce qu’il m’a crié au secours dans sa détresse morale, parce que je l’ai envoyé tout naturellement vers l’excellent et saint prêtre qui a tracé le signe du pardon sur son front humblement incliné et qui, pareil à Jésus calmant les flots, a fait descendre la paix dans son âme orageuse, Adolphe Retté a souhaité quelques lignes de moi au début de ce livre qui n’a pourtant besoin d’aucune recommandation. Il conquerra tous les cœurs vraiment chrétiens, vraiment charitables ; ils voudront, j’en suis certain, le faire connaître et répandre la bienfaisante atmosphère qui s’en dégage.
Quant à moi, il me laisse la plus douce des certitudes, celle qu’une âme est sauvée, et la bonne joie de savoir que la religion persécutée compte désormais un défenseur de plus dans la personne de ce bon poète, fortifié par la pénitence et la prière et prêt à mettre au service de sa foi tout son courage et tout son talent.
François Coppée.
15 avril 1907.
PRÉAMBULE
Amené à la vérité par la grâce de Dieu tout-puissant et par l’intercession de la Sainte Vierge, l’auteur des pages suivantes n’a point pour objet de raconter sa vie. Pour la clarté de sa narration, il suffit de mentionner qu’élevé sans la foi, victime de discordes familiales, il fut, dès l’âge de douze ans, à peu près abandonné à lui-même.
Mis au collège dans une ville protestante, il suivit les pratiques de l’hérésie dite : Confession d’Augsbourg. Mais il n’en fut pas influencé. Il n’en garda qu’une croyance, assez vague et assez confuse, à l’existence de Dieu et beaucoup d’éloignement pour une doctrine où il n’avait trouvé que sécheresse et prédominance rigide du règne de la Loi sur le règne de la Grâce.
A dix-huit ans, il s’engagea comme soldat. C’est alors que commencèrent des ribaudailles et des folies où son corps se rua de même que son âme.
Rentré dans le civil, l’auteur suivit la vocation littéraire qui le sollicitait impérieusement depuis son enfance. Il écrivit des livres de vers et de prose, dont la plupart mêlent l’érotisme au blasphème. Il les réprouve, aujourd’hui, de tout son cœur.