Il se laissa aussi séduire par l’utopie socialiste. Il chut dans l’ornière où s’embourbent ceux qui, possédés par l’orgueil de la Science, s’imaginent préparer l’avènement d’une humanité satisfaite dans tous ses appétits et qui se ventronillerait, parmi des auges d’or, sur un globe où il n’y aurait plus ni Dieu ni Maître. Revenu de cette illusion, il oscilla, par crises alternatives, entre le paganisme, avec ses joies sensuelles, aggravées de dureté à l’égard d’autrui, et une sorte de bouddhisme brumeux qui le portait à nier la réalité du monde sensible, à jongler avec des larves et à désirer se dissoudre, le plus tôt possible, dans la nuit sans étoiles du Nirvâna.

Enfin, après des culbutes réitérées dans le fumier de la débauche, de longues souffrances, des épreuves matérielles et morales de toutes sortes, il fut tiré de la voie de damnation éternelle, où il progressait au pas de course, par le plus adorable des miracles. — Au moment où il désespérait de tout, même de l’Art, et où, las de se dégoûter lui-même, il rêvait de suicide, la Grâce le foudroya.

C’est le récit sincère et scrupuleusement exact de cette conversion qu’on va lire.

L’auteur l’a écrit dans un ferme esprit de pénitence et avec l’espoir qu’il lui en sera tenu compte au Ciel pour la rémission de ses erreurs et de ses fautes.

Que la Très sainte Trinité, que la Vierge immaculée, sa douce Etoile du Matin, que son bon Ange lui soient en aide.

Ainsi-soit-il.

Arbonne, novembre 1906.

DU DIABLE A DIEU

PREMIÈRE PARTIE

Deus, in adjutorium meum intende. Domine, ad adjuvandum me festina.

(VÊPRES)