Bien entendu, c’est seulement plus tard qu’il me fut donné de traduire, comme je viens de l’exposer, le sens symbolique de la montée à la colline où règne Notre-Dame de Grâce.

Néanmoins, par cette splendide matinée, comme arrivé, tout haletant, au sommet, je considérais la statue de la Vierge, si blanche et si calme, dans le vaste azur sans nuages que le soleil imprégnait d’un rayonnement d’or fluide, je me sentis l’âme soulevée d’un transport irrésistible.

Je joignis les mains et, m’adressant à la Sainte-Mère, je lui dis : — Vous voyez, quelque chose m’a commandé de venir à Vous et je suis venu… O Vous que je n’ai pas encore invoquée, Vous, vers qui les fidèles se tournent en leurs afflictions, s’il est vrai que vous soyez la Médiatrice toute-puissante, priez votre Fils de m’indiquer ce que je dois faire maintenant.

Puis je m’assis sur un rocher et je me pris la tête dans les mains en répétant : — Que faire ? Que faire ?

Alors la voix très douce, si souvent entendue au-dedans de moi, me répondit : — Va trouver un prêtre. Libère-toi du fardeau qui t’accable ; puis entre délibérément dans le sein de l’Eglise…

Mais tout de suite le conflit habituel recommença : — Je ne puis pas, m’écriai-je, j’ai peur de me livrer de la sorte…

— Tu cherches à te leurrer toi-même, tu n’as pas peur du tout, reprit la voix devenue impérieuse, c’est l’orgueil qui te retient.

— Orgueil ou non, je veux rester libre…

Cet endurcissement singulier eut le résultat que l’on peut croire : aussitôt la voix se tut, et je me sentis mortellement triste. Ce fut comme si le soleil venait de s’éteindre.

Je redescendis, tête basse, la colline. Pourtant avant de regagner le chemin d’Arbonne, je me tournai une dernière fois, vers la Sainte-Vierge et je saluai en silence — sans oser lui parler davantage. Puis je retournai à l’auberge…