Seconde tirade du bouillant vieillard. Il m’énumère les motifs qu’il pense avoir d’augurer que la démocratie s’oriente de plus en plus vers le libéralisme. Cette aberration prouve à quel point il prenait ses désirs pour des réalités, puisqu’au mois de mai qui suivit, le pays tourneboulé envoyait à la Chambre une majorité radicale et socialiste amoureuse de Caillaux et hostile à l’Église.
Prévoyant ce résultat, je lui dis que, loin de partager ses espérances, je jugeais les libéraux inaptes à déjouer les manœuvres de leurs adversaires.
Peu enclin à souffrir la contradiction, il reprit alors, d’une voix plus fébrile, sa démonstration des vertus politiques, en instance de réussite, du libéralisme. Puis, constatant que je demeurais impassible, il fit donner la garde :
— Eh bien, comme garantie, s’écria-t-il, je vous confie, sous le sceau du secret, que Briand nous soutiendra. Briand lui-même !…
Il me défila ensuite une longue apologie dudit personnage. Il vanta ses qualités d’homme d’État sans rivaux possibles ; il me le peignit comme un ami méconnu de l’Église, comme l’unique ressource de la France chrétienne, etc., etc.
Inutile de reproduire le couplet. Il est archi-connu.
— Vous n’avez rien de sérieux à critiquer chez Briand, continua-t-il, vous ne nierez pas sa bienveillance à notre égard. Je réponds de lui… Vous vous taisez ? Allons, dites-moi ce que vous pensez de Briand ?
Avec le plus grand flegme, je répondis :
— C’est une fille de joie.
Cette définition sans apprêt stupéfia mon interlocuteur. Il demeura un bon moment muet à force d’indignation. Puis, levant les bras au ciel, il s’exclama : Comment ? Comment ???… Expliquez-vous !