Je l’ai écrit ailleurs : « Certains d’entre eux allaient jusqu’à révéler le but qu’ils visaient en s’écriant : l’Église a besoin d’un 89 ! Le mot fut attribué à l’un des plus… politiques parmi les libéraux, le comte de Falloux. Celui-ci le désavoua en des termes si ambigus qu’un doute subsiste quant à sa véracité. Au surplus, s’il ne l’a pas prononcé, ses intrigues, ses propos, ses écrits, avant et pendant le Concile, prouvent que telle était bien sa pensée. Ses amis ne restaient pas en arrière : leur désir eût été que le Pape devînt une espèce de monarque constitutionnel gouvernant l’Église en collaboration constante avec un sanhédrin de prélats réunis périodiquement, constituant des partis, discutant, légiférant, administrant d’après les méthodes du parlementarisme. Or, à considérer la façon dont les assemblées de la démocratie appliquent ces méthodes, on se rend compte des maux que ce règne du bavardage stérile aurait produit dans l’Église. Tous les trois mois, on eût vu germer des schismes. Dieu soit béni de nous avoir épargné cette tribulation ! »
Le Concile, une fois réuni, une forte majorité se dessina tout de suite en faveur de la définition du dogme. Désespérant de le faire écarter, les libéraux plaidèrent alors que la promulgation en serait inopportune. On les laissa discourir, dans ce sens, tant qu’il leur plut, mais il arriva que leurs objections ne réussissaient à convaincre personne. En vain, quelques-uns firent-ils craindre une intervention des puissances séculières. En vain les plus diplomates essayèrent d’obtenir un ajournement. Il était trop visible qu’ils ne cherchaient qu’à gagner du temps pour préparer de nouvelles manœuvres contre l’infaillibilité elle-même.
Le dogme fut défini, à une énorme majorité, le 18 juillet 1870 et promulgué aussitôt par Pie IX. Et alors, selon leur coutume, les libéraux se soumirent sans restriction. C’est à leur éloge. Mais, auparavant, n’oublions pas qu’ils avaient fait le possible pour introduire la confusion démocratique dans l’Église.
On eut une nouvelle preuve — cette fois dans l’ordre politique — de leur penchant à restreindre l’autorité du chef au profit du parlementarisme lorsque, un peu plus tard, le Roi légitime faillit être restauré.
Le comte de Chambord — qui fut un Sage fort méconnu — avait étudié profondément les erreurs de son temps. Il n’ignorait donc pas qu’elles provenaient, pour une grande part, du régime des Assemblées. Il apportait le remède : et, pour cette raison même, les libéraux se méfiaient de lui.
Il avait déclaré qu’il entendait non pas seulement régner mais gouverner d’une façon effective. C’en était assez pour susciter la mauvaise volonté des libéraux. De là, le mot significatif prononcé par le duc de Broglie, l’un des signataires de la formule démagogique : « l’Église libre dans l’État libre. »
« Laissons-le revenir, dit-il, quand nous le tiendrons, nous le ficellerons comme un saucisson. »
Je crois bien que cette phrase élégante, qui lui fut rapportée, décida, autant que la question du drapeau, le comte de Chambord à se retirer…
On saisit maintenant qu’ayant étudié avec soin le passé des libéraux et constaté que, de nos jours, ils restaient épris des doctrines dissolvantes qui jadis les égarèrent, je ne me sentais aucunement porté à naviguer dans leur sillage.
— Ces gens-là, me dis-je, sont, inconsciemment, des générateurs d’anarchie. Or, l’anarchie, j’en arrive et je n’ai pas du tout envie d’y retourner.