V. La Révélation divine est imparfaite et, par conséquent sujette à un progrès continuel et indéfini qui doit répondre au développement de la raison humaine.

XI. L’Église, non seulement ne doit, en aucun cas, sévir contre la philosophie, mais elle doit tolérer les erreurs de la philosophie et lui abandonner le soin de se corriger elle-même.

LV. L’Église doit être séparée de l’État et l’État doit être séparé de l’Église.

LXXIX. Il est faux que le plein pouvoir laissé à tous de manifester ouvertement toutes leurs pensées et toutes leurs opinions jette plus facilement les peuples dans la corruption des mœurs et de l’esprit et propage l’indifférence.

LXXX. Le Pontife romain peut et doit se réconcilier et transiger avec le progrès, le libéralisme et la civilisation moderne.

Dès la publication de l’Encyclique et du Syllabus, on devine quelle tempête ces sublimes affirmations des droits de Dieu et des devoirs des hommes envers son Église suscitèrent de révoltes parmi les militants de l’incrédulité. Les libéraux étaient fort ennuyés et fort embarrassés. D’une part, ils ne pouvaient protester ouvertement sous peine de se mettre hors de l’Église. D’autre part, il était incontestable que la parole pontificale démasquait leurs manœuvres pour accorder les contradictoires. Afin de jeter le doute dans les esprits mal informés, ils imaginèrent d’expliquer le Syllabus à peu près à rebours des principes qu’il formulait. Ils lancèrent, à ce sujet, une foule de brochures où le paradoxe le disputait à la tautologie.

A Rome on prit fort mal ces piteuses arguties et l’on avertit les libéraux qu’ils s’engageaient dans une voie des plus périlleuses pour l’avenir de leur orthodoxie. Intimidés, les libéraux se turent. Mais ils ne tardèrent pas à choisir un autre terrain de combat.

Ils le trouvèrent lorsque le Pape décida de réunir un Concile où le dogme de l’infaillibilité serait défini et proclamé (1868). Pendant les dix-huit mois qui précédèrent ce célèbre Concile du Vatican, les libéraux de tous pays menèrent une campagne ardente contre le principe même. Ceux de France s’y distinguèrent par leur activité.

Il s’agissait de souscrire à cette déclaration : « Lorsque le Pontife romain parle ex cathedra, c’est-à-dire lorsque, remplissant sa charge de Pasteur et de Docteur de tous les chrétiens, il définit, en vertu de sa suprême autorité apostolique, qu’une doctrine sur la foi ou sur les mœurs doit être professée par l’Église universelle, il est doué, par l’assistance divine, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que son Église fût pourvue en définissant une doctrine sur la foi ou sur les mœurs. Par conséquent de telles définitions du Pontife romain sont irréformables par elles-mêmes et non en vertu du consentement de l’Église. »

C’était ce que les libéraux ne voulaient pas. Jusque là, plus que jamais pénétrés d’idées démocratiques, ils avaient espéré introduire dans le gouvernement de l’Église une sorte de régime parlementaire où l’épiscopat tiendrait à peu près autant de place que le Pape.