« Mais, fait remarquer Maurras, ceux d’entre nous qui se sont demandés, comme Lamartine : cet ordre est-il l’ordre ? et qui ont dû se répondre non, tiennent le rêveur prodigieux qui confectionna ce faux ordre pour le plus grand poète du romantisme français. Ils placent Napoléon à vingt coudées au-dessus de Jean-Jacques et de Victor Hugo, mais à plus de mille au-dessous de M. de Peyronnet. »

Dans la suite du XIXe siècle, Maurras relève également l’inaptitude de la plupart des représentants de l’Intelligence à concevoir comme néfastes les méthodes économiques nées de la Révolution.

« Les lettrés du XVIIIe siècle, dit-il, avaient fait décréter comme éminemment raisonnable, juste, proportionnée aux clartés de l’esprit humain et aux droits de la conscience, une certaine législation du travail d’après laquelle tout employeur étant libre et tout employé ne l’étant pas moins, devaient traiter leurs intérêts communs d’homme à homme, d’égal à égal, sans pouvoir se concerter ni se confédérer, qu’ils fussent ouvriers ou patrons. »

Ce régime était détestable ; « les faits économiques, s’accumulant, révélaient chaque jour le fond absurde, odieux, fragile, des fictions légales… Mais les lettrés ne comprenaient du mouvement ouvrier (qui créait les syndicats contre cette anarchie), que ce qu’il présentait de révolutionnaire ; au lieu de construire avec lui, ils le contrariaient dans son œuvre édificatrice et le stimulaient dans son effort destructeur. Considérant comme un état naturel l’antagonisme issu de leurs mauvaises lois, ils s’efforcèrent de l’aigrir et de le conduire aux violences. On peut nommer leur attitude générale au cours du XIXe siècle un désir persistant d’anarchie et d’insurrection… Ainsi tout ce qu’entreprenait d’utile ou de nécessaire la force des choses, l’intelligence littéraire le dévoyait ou le contestait méthodiquement. »

La déconsidération qui en résulta auprès du public lettré eut pour effet de rejeter une portion notable des écrivains vers la littérature dite « de tour d’ivoire », au détriment de la culture générale.

« Cette littérature, continue Maurras, creusa un premier fossé entre certains écrivains et l’élite des lecteurs. Mais, du seul fait qu’elle existait, par ses outrances souvent ingénieuses, parfois piquantes, toujours très voyantes, elle attira dans son orbite, sans les y enfermer, beaucoup des écrivains que lisait un public moins rare. On n’était plus tenu par le scrupule de choquer une clientèle de gens de goût et l’on fut stimulé par le désir de ne pas déplaire à un petit monde d’originaux extravagants… Cette « littérature artiste » isola donc les maîtres de l’Intelligence. »

Ici encore, je me rencontrais avec Maurras, puisque, dès longtemps, je combattais la littérature de l’Art pour l’Art et qu’à propos de Mallarmé, j’en avais dénoncé les abus chez les symbolistes.

Ensuite Maurras stigmatisait la littérature industrielle qui, par souci de gagner beaucoup d’argent, corrompait le rudiment de goût qui peut subsister dans le « gros public » malgré tant d’assauts destructeurs.

« Que signifient, s’écriait-il, les cent mille lecteurs de M. Ohnet, sinon la plus diffuse, la plus molle et la plus incolore des popularités ? Un peu de bruit matériel, rien de plus, sinon de l’argent. »

Comme de juste, sur ce point comme sur les autres, j’étais avec Maurras.