« Dès 1899, sachant bien ce que nous voulions et où nous allions, notre objectif était fixé. Nous lui avons été fidèles. Et par une juste réciprocité, les confirmations de l’événement ne nous ont pas manqué. Elles se sont produites telles qu’on les avait prévues et nommées, comme si elles avaient été à notre service. Elles sont au service de la vérité que nous débrouillons. Le jeu des effets et des causes a fini par produire une situation tellement inquiétante que beaucoup de Français, de toutes conditions, commencent à appeler le mal par son vrai nom. Ils disent république et démocratie. Mais pour renoncer aux éléments destructeurs, les désillusionnés veulent qu’on leur présente un plan de reconstruction. Comme on vient de le constater, ce plan est inscrit dans la forme même des doléances nationales, dans la structure même du pays et de la nation. Il suffit de les analyser de bonne foi. C’est à la royauté que s’adresse le vœu général. Et la royauté est aussi l’expression des nécessités élémentaires. En cela, exactement, consiste la réalité profonde de notre doctrine. »
Méditez maintenant cette formule où se résume toute l’œuvre politique de Maurras et où les articles, si riches de pensée féconde, qu’il publie chaque jour puisent leur inspiration :
« Ce que nos ancêtres ont fait par coutume et par sentiment, nous le poursuivons, nous-mêmes, avec l’assurance et la netteté scientifique, par raison et par volonté. »
Quand vous l’aurez compris, catholiques de bon vouloir, vous ne chercherez pas à réagir contre des institutions défectueuses en vous conformant aux faux principes qui servirent à les édifier, comme le font les libéraux. Vous aiderez à détruire la bâtisse vermoulue où Marianne abrite sa progéniture. Vous la remplacerez par ce monument appuyé sur la tradition, la science et la religion qui a nom : Monarchie légitime.
Il n’est pas inutile de reproduire maintenant la haute approbation donnée à l’Enquête de Maurras par « l’héritier des quarante rois qui, en mille ans, firent la France ».
Aussitôt après la publication en volume, M. le Duc d’Orléans lui écrivit la lettre suivante :
Mon cher Maurras,
C’est avec le plus grand intérêt que j’ai suivi votre enquête sur la Monarchie et lu les déclarations que vous ont faites Buffet et Lur-Saluces.
Tous mes amis peuvent différer sur des nuances d’opinion ou des prévisions de réformes ; c’est leur droit — mais ce qui ressortira désormais, c’est l’unité profonde de la conception royaliste. Elle est réformatrice. — Réformer pour conserver, c’est tout mon programme.
Je ne me prononcerai pas sur le détail. Un prince qui aurait la prétention de le régler d’avance serait peu de chose. Un prince qui ne se déclarerait pas sur les principes ne serait rien.
Je me suis déjà expliqué sur quelques questions essentielles à la vitalité du pays. J’ai défendu l’armée, honneur et sauvegarde de la France. J’ai dénoncé le cosmopolitisme juif et franc-maçon, perte et déshonneur du pays.
Il en est d’autres sur lesquelles les Français ont le droit de me demander une détermination nette et catégorique.
De ce nombre est celle qui vous tient le plus au cœur : la décentralisation.
La décentralisation, c’est l’économie ; c’est la liberté. C’est le meilleur contrepoids comme la plus solide défense de l’autorité. C’est donc d’elle que dépend l’avenir, le salut de la France.
… Aucun pouvoir faible ne saurait décentraliser. Appuyé sur l’Armée nationale, constituant moi-même un pouvoir central énergique et fort, parce que traditionnel, je suis seul en mesure de ramener la vie spontanée dans les villes et les campagnes et d’arracher la France à la compression administrative qui l’étouffe.
La décentralisation dépend en partie du pouvoir royal et du sentiment qui l’anime, comme de la direction que le Roi peut imprimer de lui-même ; mais c’est aussi un problème d’organisation politique et géographique.
J’y donnerai ma première pensée. La question sera mise sur-le-champ à l’étude, avec la ferme volonté, non pas seulement d’aboutir, mais d’aboutir rapidement. — Je tiens à ce qu’on le sache.
Croyez-moi, mon cher Maurras,
Votre affectionné,
PHILIPPE.
CHAPITRE XII
DIEU ET LE ROI
Instabilité, incohérence, insécurité, individualisme destructeur, prédominance de la médiocrité envieuse, dissolution de la famille, tels sont les fruits de la démocratie en France, depuis cent trente ans.