« — Sur quoi s’appuiera-t-il ? demande M. Barrès.
« Il s’appuiera nécessairement sur l’armée et cela suffit bien. »
Maurras, en s’exprimant de la sorte, suivait la raison. Mais M. Barrès se réclamait trop de ces puissances de sentiment dont il parle dans sa lettre pour se rendre. C’est le sentiment, en effet, qui le détermine avant tout, comme il est facile de s’en apercevoir quand on relit son œuvre entière. Ah ! qu’il a dit vrai celui qui le définissait « le dernier romantique ! »
Et n’est-ce pas le sentiment qui lui fit commettre l’étrange méprise de choisir pour la reconstitution de la France « dissociée et décérébrée » ce fantassin troubadouresque fourvoyé dans la politique : Boulanger ?
N’est-ce pas l’abus du sentiment, le désir d’en multiplier en lui les excitations qui auparavant lui fit instaurer ce « culte du Moi » par où tant d’âmes, trop dociles à ses leçons, s’énervèrent d’une façon irrémédiable ?
C’est à coup sûr le sentiment qui lui fit jadis emprunter les méthodes d’oraison d’un Saint et ce qu’il y a de plus vénérable dans les rites du catholicisme pour les appliquer sacrilègement aux effusions solitaires du Narcisse de décadence qu’il était alors.
Et c’est encore le sentiment aggravé de sensualité trouble et de religiosité malsaine qui lui fit écrire ce Jardin sur l’Oronte, qu’il s’étonne de voir réprouvé par les plus vigilants d’entre les catholiques.
En contraste, M. Barrès, quand il raisonne, produit de beaux livres, comme les Déracinés l’Appel au soldat, leurs Figures. Critiques superbes du régime, dont pourtant il adopte certaines erreurs, ils serviront toujours de références à ceux qui s’appliquent à le détruire. Mais ils manquent de conclusion logique. Cette conclusion, M. Barrès ne sut pas la saisir. Et c’est pourquoi il n’est pas venu à la Monarchie.
L’Enquête de Maurras constitue la plus substantielle des introductions à la doctrine monarchiste. Les principes qu’il posait ont été sanctionnés par l’expérience de ces dernières années. Aussi a-t-il le droit de dire dans sa conclusion :