Mais Charles avait gagné la porte. Du seuil, il se retourna et, versant le feu par ses prunelles, il proféra : Oui, je vais jeter la bombe.
Et savez-vous en quel endroit ? Sur l’autel même de ce Dieu dont vous vous fabriquez un épouvantail. Nous verrons qui, de lui ou de moi, sera le plus fort !…
Il sortit et, la seconde d’après, ils l’entendirent descendre l’escalier quatre à quatre. Robert allait le suivre, le rattraper, lui disputer l’engin, fût-ce au prix de sa propre existence. Mais Chériat, tout suffoquant, venait de retomber sur l’oreiller. Une hémoptysie se déclarait.
Robert courut au malade et lui prodiguant ses soins, tremblant d’horreur et de désolation, il ne pouvait que répéter : Seigneur, Seigneur, retenez son bras… Éclairez ce malheureux, il ne sait ce qu’il fait !…
Et, à travers les hoquets lugubres qui lui soulevaient la poitrine, Chériat disait :
— Mon Dieu, prenez-moi en rançon pour l’âme de cet infortuné ; ne permettez pas que cette chose affreuse s’accomplisse…
CHAPITRE XIV
En janvier, le jour se lève tard. Six heures sonnaient lorsque Charles se précipita dans la rue ; le temps s’était radouci ; il dégelait ; mais une ombre brumeuse se traînait encore sur la ville. Un vent mou passait par rafales, faisait vaciller les flammes des réverbères et appliquait de larges gouttes de pluie sur le visage brûlant du possédé.
Il descendit d’abord, presque en courant, le boulevard Saint-Michel, mû par la crainte que Robert le rejoignît et tentât de lui enlever la bombe — ce qui serait certainement arrivé sans le crachement de sang de Chériat.
— S’il me suit, grondait-il, s’il veut me barrer le chemin, c’est lui que je frapperai…