Charles eut un rire sarcastique :

— Si je te le dis, tu ne me comprendras sans doute pas. Et pourtant, je veux que tu le saches : je ne pardonne pas à mes ennemis moi ; je ne m’incline pas devant ton Dieu, moi ; je hais ceux qui consentent à subir sa tyrannie. Ah ! je cherchais qui frapper. Eh bien, ce sera justement les adorateurs de ton Dieu, les serviles qui, comme toi, maintiennent, par leur douceur exécrable, une société que je voudrais faire voler en éclats…

Robert frémit. Mais ces phrases forcenées, si elles le terrifiaient, ne le firent pas reculer. Il sentait l’âme de son ami en proie au plus extrême péril et il n’eut qu’une idée : l’arrêter sur la pente effroyable où il roulait.

Il fit un pas en avant :

— Charles je t’en supplie, reviens à toi. Écoute-moi…

Mais l’autre, d’un geste coupant, le cloua sur place :

— Ne m’approche pas… Il y a un fossé entre nous, et ce fossé je veux le remplir de sang… Ne m’approche pas, dis-je, je porte la mort !

Et ce disant, il étreignait la bombe sur sa poitrine.

Chériat devina tout. Dressé d’épouvante, il s’écria :

— La bombe ! Il va jeter la bombe ; retiens-le…