Un vieux prêtre, servi par un seul enfant de chœur, célébrait la Messe à côté du tombeau de Monseigneur Darboy. Cinq ou six femmes du peuple, inclinées sur leur prie-dieu, s’unissaient avec ferveur au Saint-Sacrifice. Charles, les bras croisés, la lèvre dédaigneuse, ne quittait pas des yeux l’officiant.
Hésitait-il à l’imminence du crime ? — Point ; voici ce qu’il se disait :
— Dans une minute, dès que ce vieil homme se retournera, je lancerai la bombe. Et alors comme je jouirai de la panique de ces sottes brebis laissées en détresse par leur Manitou !…
On commençait l’Offertoire. Le prêtre fit face aux fidèles, et les mains ouvertes en signe de paix, il prononça :
— Que le Seigneur soit avec vous.
— Et avec ton esprit, murmurèrent l’enfant et les assistants.
Charles eut un geste pour saisir la bombe. Mais déjà le prêtre, retourné vers le tabernacle, faisait l’offrande du pain et du vin.
— Après tout, se dit alors l’assassin, je n’ai pas besoin d’attendre qu’il regarde de nouveau par ici… Assez de délais !
Il déboutonna son veston et tâta l’engin. Rien ne le retiendrait-il ? — Au contraire, il avait la sensation qu’une invisible main lui poussait le coude, tandis qu’une voix sardonique lui chuchotait :
— Va donc ! Va donc !…