— Il m’a demandé de prier pour lui, dit Mme Viard en pleurant.

— Oui, conclut Robert, la Justice divine qui, seule, est infaillible, pèsera tout cela dans sa balance. Mais ce qui me fait frissonner c’est que je réfléchis qu’ils sont des milliers à présent, dans notre pauvre pays, qui subissent une éducation analogue à celle de Charles. On ne veut plus de Dieu ; on fait le vide dans les âmes. Puis l’on s’étonne que le démon s’y installe à la place de ce Dieu qu’on jette à la voirie parmi les outrages et les crachats… Je sais : il est de mode de sourire lorsqu’un croyant affirme que le diable s’empare de nous dès que nous nous détournons de l’Église.

Pour expliquer les crimes qui se multiplient, la frénésie de jouissance, l’inquiétude sans but qui possèdent tant de nos contemporains, la Science, pauvre folle infatuée d’elle-même, bat les buissons çà et là, bâtit cent systèmes, cent châteaux de sable qu’elle n’édifie que pour les renverser la minute d’après et pour courir à de nouvelles illusions. Des philosophies se hissent sur des piédestaux branlants et affirment que l’homme n’est qu’une mécanique instable mue par des forces aveugles et que le bonheur consiste à satisfaire ses pulsions jusqu’à la satiété. On instaure le règne de la Bête d’après cette maxime : « La vie est un cauchemar entre deux néants. » Pour l’oublier régalons nos instincts !

Cependant le démon verse les ténèbres du désespoir dans l’âme des sensitifs et des douloureux qu’une telle odieuse doctrine ne suffit pas à contenter. La France est ivre d’impiété ; par suite le nombre ne cesse de s’accroître de ceux qui, comme notre ami, tombent sous le joug du Mauvais parce que nul ne les avertit que, seule, notre sainte religion peut les en préserver. Hélas, ils se disent libres ; et on les força d’ignorer qu’en rejetant, comme une lisière importune, la sauvegarde de la foi, ils se soumettent au plus irrémissible des esclavages : celui du péché.

Ah ! prions, prions pour Charles. Prions aussi pour la France, supplions le Seigneur d’avoir pitié de nous.

Et suivi par la veuve et le malade, il dit humblement les versets du De profundis :


« Des profondeurs de l’abîme, nous crions vers toi, Seigneur. Seigneur, écoute notre voix.

« Que tes oreilles se rendent attentives à la voix de notre déprécation.

« Si tu observes nos iniquités, Seigneur, qui de nous soutiendra ton regard ?