— Avant tout, prions. Ce n’est qu’en sollicitant le secours d’En-Haut que nous réussirons à échapper aux images sinistres qui nous obsèdent.
— Oui, prions, répéta Mme Viard, qui s’agenouilla tandis que les deux hommes joignaient les mains, prions la Sainte-Vierge. Jamais nous n’avons eu plus besoin d’Elle puisqu’on la nomme, à juste titre, la Consolatrice des affligés.
Par une inspiration spontanée, elle récita les litanies puis elle proféra ce sublime appel à l’aide de la Grande-Auxiliatrice, le Sub Tuum : Nous nous réfugions sous sa protection, Sainte Mère de Dieu. Ne rejette pas la prière que nous t’adressons dans notre peine excessive et garde-nous toujours de tout péril, ô Vierge de gloire et de bénédiction…
A mesure qu’elle prononçait les saintes paroles, Robert se rassérénait. Ainsi que bien d’autres fois, il vérifiait qu’on ne s’adresse jamais en vain à Celle qui a reçu le pouvoir de réconforter les cœurs trop éprouvés. La lumière se refit en lui et ce fut tout enflammé d’une ardeur ineffable qu’à son tour, il récita le Memorare de saint Bernard.
Quand il eut dit l’invocation finale : Noli, Mater Verbi, verba mea despicere, sed audi, propitia et exaudi, son âme s’était reconquise.
De même, Chériat s’apaisait. Les ténèbres tragiques qui venaient de descendre sur lui se dissipaient pour faire place à une aurore angélique.
O Sainte Église, ce sont là les dictames que tu départis à tes fidèles !…
— Ne prierons-nous pas aussi pour Charles, murmura-t-il, sa pauvre âme, où est-elle à présent ?
— Certes approuva Robert, nous allons prier pour lui. Dieu est si bon : je veux espérer qu’au moment suprême, il a permis que l’infortuné ait une pensée de contrition.
— Et puis, reprit Chériat, rappelle-toi qu’il était charitable. Il m’a recueilli mourant de misère. Presque tout son argent, il le donnait aux pauvres… Louise Larbriselle peut en témoigner… Jusqu’au jour où il devint si sombre et si méfiant, nul n’aurait pu le taxer de perversité. Comme tant d’autres, comme moi-même avant que Notre-Seigneur m’éclairât, il vivait dans l’erreur mais il était de bonne foi. Où aurait-il appris à se garder du mal ? Ce n’est pas dans le milieu où il fut élevé puisque, nous le savons, on s’est appliqué à lui nourrir l’esprit d’athéisme et d’orgueil.