Cependant la police avait fait une perquisition dans l’appartement de la place Médicis. Elle ne trouva naturellement rien qui pût la mettre sur la piste d’un complot puisque Charles avait agi de lui-même et s’était gardé de se confier à personne. Chériat et Robert interrogés ne purent que rapporter la tristesse farouche de leur ami depuis des semaines et la façon dont il s’enfuit, malgré leurs efforts, le matin où la bombe éclata. On ne les inquiéta point, car il était de toute évidence qu’ils n’encouraient pas de responsabilité dans un crime dont, jusqu’au dernier moment, ils avaient ignoré la préparation.
Le seul indice qu’on découvrit des projets de Charles fut un papier où il avait tracé, d’une main fébrile, ces mots : « L’homme libre écarte les dogmes, les lois et tout ce qui entrave son droit à la révolte. Il ne croit qu’en lui-même. Il frappe pour se grandir et il reste sourd aux plaintes de ses victimes. C’est ainsi qu’il devient le surhomme… »
Et maintenant Robert Abry, assisté de Madame Viard, qui était accourue auprès de son frère, s’empressait autour du malade dont l’état s’était aggravé du fait de la scène terrible qui précéda la mort de Charles.
Enfin, à force de soins, Chériat se sentit un peu mieux. Mais si ses souffrances corporelles avaient diminué, son esprit restait tout anxieux.
Fixant sur Robert un regard de détresse, il dit :
— Mais comment, comment tout cela est-il arrivé ?… Comment Charles a-t-il pu concevoir un dessein aussi épouvantable ?
— Ne parle pas, supplia la veuve, calme-toi, tu vas encore te faire du mal…
— Eh bien je me tairai. Mais que Robert me rassure car je ne comprends plus rien à rien et il me semble que je suis environné de fantômes…
Robert était si profondément bouleversé qu’il ne réussit pas d’abord à répondre. Dans son chagrin, il se demandait, lui aussi, comment et pourquoi ? Et il se reprochait presque de n’avoir pas deviné assez tôt le drame funèbre qui s’était déroulé dans l’âme de son ami.
— Si j’avais insisté quand il vint rue d’Ulm, se disait-il, peut-être m’aurait-il confié son affreux secret et aurais-je pu le fléchir… Il courbait la tête, éperdu d’incertitude et se retenant pour ne pas sangloter. Mais comme Chériat lui touchait le bras, d’un geste suppliant, il fit un effort et dit d’une voix altérée :