Dieu la bénit en effet, puisqu’elle compte aujourd’hui 110 membres répartis en 12 groupes, 5 en France et 7 en Suisse.

Les relations entre tous ces malades, entretenus dans leur ferveur par son initiative, se soutenant, s’exhortant les uns et les autres, devinrent tout à fait intimes. Peyrot, pour resserrer encore le lien qui les unissait, décida de publier un livre d’or contenant des notices sur les membres disparus de l’U. C. M. et quelques-unes de leurs lettres choisies parmi les plus émouvantes.

Il écrivit pour ce livre d’or une préface où il définissait admirablement cette amitié, en quelque sorte surnaturelle, qui attachait les uns aux autres tous les membres de l’Union.

« Mes chers Amis, y disait-il, nous ne nous sommes, pour la plupart, jamais vus ; tout au plus connaissons-nous, par des photographies, plus ou moins fidèles, et sans vie, nos physionomies respectives…

« Néanmoins l’intimité de l’Union catholique des malades est l’une des plus étroites qui soient, parce qu’elle est faite d’une communauté d’épreuves et de vocation, d’un difficile effort partagé, d’entr’aide, et de compassion réciproque.

« Nous faisons de compagnie le même voyage. Dans la foule où nous étions dispersés, nos infirmités nous ont servi de signe de ralliement : qui se ressemble, surtout par l’infortune, s’assemble. Et puis, comme nous avions les mêmes certitudes divines, comme nous marchions dans le même espoir de l’incorruptible Santé, nous avons compris que nous étions frères et nous avons uni nos faiblesses pour mieux traîner le lourd bagage de nos peines.

« Notre amitié, c’est la rencontre de nos âmes souffrantes dans la même foi, la même espérance, et la même charité. C’est pourquoi rien ne peut atteindre notre amitié, puisqu’elle ne repose pas sur un attrait physique inconstant, mais qu’elle est faite de raisons surnaturelles. Rien, si ce n’est l’abandon volontaire de la collective ascension. Pas la mort, en tout cas ; au contraire — puisque la mort, c’est l’ascension terminée, les risques de chute définitivement abolis, les raisons surnaturelles, dont nous parlions tout à l’heure, éclairées, multipliées, fortifiées par l’Infini.

« Rien ne nous sépare de vous, chers amis déjà parvenus à Dieu ! Nous continuons à nous prêter mutuellement l’appui de nos intercessions ; vos messages ne viennent plus nous réconforter, mais vous vous faites maintenant nos inspirateurs, les auxiliaires de nos anges gardiens ; en échange, nos prières terrestres augmentent votre gloire dans le Paradis ; et nos âmes, à tous, vivent toujours dans la même communion des Saints. »

Cinq mois après la mise en circulation du premier cahier, la guerre éclata. Peyrot souffrit d’abord cruellement de ne pouvoir courir aux armes pour la défense de la Patrie. « Quoi, s’écriait-il, rester étendu sur une chaise longue pendant que les autres se battent ! » Mais il ne tarda pas à se reprendre et, se tournant vers Dieu, il conçut bientôt la façon dont ses frères de souffrance et lui pourraient assister les combattants. Il écrivait en octobre 1914 :

« Qu’allons-nous faire, nous autres malades ? — Prier, c’est évident. Mais aussi prendre notre part de l’expiation nécessaire afin de hâter la rédemption de notre pauvre patrie. Offrons tout de bon cœur. Mortifions-nous au besoin. Faisons pénitence avec une ardeur inquiète : la France, en attendant, souffre tant. »