« 3o Pour nous obliger à penser à la mort, à cet événement si proche et si peu attendu, si effrayant, et si oublié, si important et auquel nous n’attachons pas d’importance. Et pour que, ayant pensé à notre mort, nous apprenions à faire le départ en toutes choses entre celles qui meurent et celles qui sont immortelles ; entre ce qui passe et ce qui demeure, entre le contingent et ce qui est nécessaire.
« De façon à ce que nous comprenions enfin le sens de la vie. »
Ensuite, s’étant appliqué ces principes, mû par ce besoin de se dévouer aux autres qui fut la caractéristique de sa belle âme, il se demande comment il pourra le faire par l’oraison, ne pouvant plus le faire par l’action. Et il se répond :
« Le malade peut être utile aux autres : — 1o Par la valeur surnaturelle de ses souffrances, utilisées par la communion des Saints. — 2o Parce qu’il peut exercer un apostolat spécial auprès des autres malades, et en général de ceux qui souffrent, étant seul au courant de leurs états d’âme. — 3o Il peut accomplir les œuvres de miséricorde à l’égard de ses compagnons (visiter les malades, vêtir et nourrir et désaltérer ceux de ses compagnons qui sont dans le besoin, donner des conseils, encourager, prier pour les autres : vivants, agonisants ou morts). — La maladie est un privilège, à coup sûr, puisqu’elle nous mène progressivement à l’union intime avec Dieu, en nous ôtant tout autre souci, toute préoccupation autre que celle de Dieu. J’en reviens à la comparaison du sauvageon greffé dont on coupe les rejetons pour que la greffe prospère en absorbant toute la sève. »
Alors l’idée se précisa. Soutenu d’En-Haut, Peyrot se dit qu’une association de prières, une mise en commun des ressources d’énergie morale que procure l’acceptation joyeuse de la maladie, donneraient, aux catholiques qui se grouperaient de la sorte, des fortifiants d’âme.
« Il fut, à ce moment, sollicité de correspondre avec un malade qui se trouvait dans l’isolement. Il vit là une coïncidence providentielle et aussitôt, il conçut l’idée d’un groupement autonome. » Les malades y échangeraient des cahiers où ils noteraient leurs méditations, leurs oraisons et les réflexions que leur suggéreraient leurs luttes, en Dieu, contre le découragement et les mauvais conseils de la Malice.
« Les cahiers ne sont pas seulement un exutoire, un journal intime ; ce n’est pas non plus une tribune d’où l’on donne des conseils en pontifiant…, écrivait-il alors à son ami Jean G. Supposez — cela vous est déjà arrivé moult fois — qu’on vous prie de rendre visite à un malade de votre sanatorium qui s’ennuie et a besoin d’être réconforté. Vous imaginez parfaitement ce que vous lui direz pour le distraire d’abord, lui faire voir les bons côtés de la maladie, lui faire espérer sa guérison, l’inviter dans tous les cas à la patience et, à l’occasion, adroitement lui montrer le Ciel et les raisons surnaturelles de souffrir. Cela, vous savez très bien le faire. Et vous concevez facilement qu’on puisse le faire par écrit quand la distance interdit les visites. »
Encouragé par de premiers résultats assez favorables, il s’assura du concours de quelques amis, se mit en relations avec des malades dispersés un peu partout et lança le premier cahier le 4 mars 1914.
Il attendait l’effet produit avec une certaine anxiété. Mais il fut vite rassuré car, dès la fin du mois, le cahier lui revint accompagné de lettres qui prouvaient que son œuvre serait féconde.
« Les sept premiers messages, écrivait-il, sont très bons, tout à fait ce qu’on pouvait espérer de mieux au point. La variété des tempéraments se combine heureusement avec l’unité de vues. On sent déjà quelle sera l’atmosphère : chaude et simple, courageuse et joyeuse… Je ne sais pas si c’est parce que cette Union est un peu mon enfant, mais je la vois d’un œil enthousiaste ! Dieu veuille la bénir et la conduire. »