« Jésus-Christ achève sa Passion en nous », a dit Pascal. Cette conviction que, par les souffrances de son corps mystique, qui est l’église, Notre-Seigneur ne cesse de poursuivre la rédemption du monde, constitue l’essence même du dogme de la communion des Saints. Aussi lorsque éprouvé par la maladie, la gêne, les mille tribulations de l’existence, le catholique, s’oubliant lui-même, offre ses peines pour le soulagement d’autrui, lorsqu’il prie pour ses frères douloureux comme ses frères prient pour lui, lorsqu’il renforce son abnégation d’un appel à la miséricorde divine pour le soulagement des âmes du Purgatoire, il prend conscience de participer au sacrifice sans cesse renouvelé de Celui qui verse son sang, chaque jour, sur les autels pour notre salut.
Alors, si intenses, si prolongés que soient les maux qui l’accablent, une paix lumineuse s’épanouit dans son cœur. Son front saigne sous la couronne d’épines, ses épaules meurtries saignent sous la croix faite de tous les péchés de l’univers ; les ténèbres pèsent sur sa tête. Les ennemis de Dieu sifflent, ricanent, blasphèment autour de son supplice. Mais lui leur répond : Je souffre volontiers pour que, quand vous serez vous-mêmes dans la souffrance, vous appreniez à lever des yeux implorateurs vers le Bon Maître qui meurt et qui ressuscite chaque jour afin de nous délivrer du Mal, afin que vos larmes ne soient point perdues…
Cette solidarité avec Notre-Seigneur montant au Calvaire, cette union de l’Église militante et de l’Église souffrante, c’est par elles que nous trouvons la force de gravir le chemin hérissé de cailloux aigus et de ronces qui aboutit au seuil de l’Église triomphante. Tous les fidèles savent qu’il leur est salutaire de s’en pénétrer et de les mettre en pratique. — Peut-être, cependant, n’est-il pas superflu de nous rappeler combien elles nous sont nécessaires au temps où nous sommes condamnés à vivre.
Le présent est sombre ; l’avenir menaçant. La guerre horrible qui vient de finir apparaît à beaucoup comme le prologue de cataclysmes encore plus épouvantables. Qui sait si, par la recrudescence de matérialisme où le monde s’entête à chercher le bonheur, nous ne verrons pas bientôt ce Règne de la Bête dont les barbares de Germanie furent les précurseurs, dont les sauvages de Russie tissent déjà la pourpre sanglante et fangeuse ?
Peut-être qu’il va surgir l’Enfant de Perdition dont saint Paul a dit : « Cet ennemi de Dieu s’élèvera au-dessus de tout ce qui est appelé Dieu à tel point qu’il trônera lui-même dans le temple de Dieu, en se faisant passer pour un être divin.
« Et le mystère d’iniquité est en train de s’accomplir dès à présent ; et il faut que ceux qui sont fidèles maintenant persévèrent dans la fidélité. Car ce personnage, qui doit arriver accompagné de la puissance de Satan, avec toutes sortes de signes, de miracles et de prestiges trompeurs, est orné de toutes les séductions qui porteront à l’iniquité ceux qui sont destinés à périr, parce qu’ils n’auront pas accepté la Vérité qui les aurait sauvés… »
Seigneur Jésus-Christ, c’est vous qui êtes la Vérité unique, la Lumière dans les ténèbres, et que les ténèbres n’ont point comprise. Octroyez-nous la grâce de ne point sombrer dans cette nuit sans étoiles de l’apostasie où il est écrit que beaucoup se perdront. Faites que nous souffrions avec allégresse selon que vous nous le demandiez lorsque vous nous avez révélé votre Sacré-Cœur. Souffrance par amour ; amour par la souffrance, tel est le sens de votre enseignement. Faites que nous soyons rendus dignes de participer à votre perpétuel sacrifice. Qu’il ne s’éteigne pas le soleil allumé par vous dans nos âmes ! Donnez-nous des Saints car la Sainteté seule peut nous sauver en ce monde qui se détourne de plus en plus de votre Face pour se prosterner devant les sombres lueurs du Crépuscule irrémédiable où commence à se dessiner la figure de l’Antechrist…
FIN
TABLE DES MATIÈRES
| Pages | |
| Saint Joseph de Cupertino | [7] |
| Catherine de Cardonne | [77] |
| Une Carmélite sous la Terreur | [182] |
| La Charité du malade | [251] |