Pour en revenir à Urbain VIII, on doit reconnaître que, tout en donnant de l’attention à la stratégie, il ne négligeait pas entièrement le ministère des âmes. La réforme des ordres monastiques l’occupa. C’est pourquoi quand il apprit que Joseph était considéré par certains comme un élément de trouble dans la famille franciscaine, par d’autres, comme un modèle de sainteté que ses frères feraient bien d’imiter, il voulut examiner lui-même l’homme qui suscitait ces opinions contradictoires. Il commanda donc au Père Larina de le lui amener.

Le Général était bien revenu de sa méfiance à l’égard du Saint. C’est qu’en effet, un esprit droit ne pouvait le fréquenter un peu de temps sans rendre justice aux vertus incomparables que Dieu manifestait en cette âme. Excellent religieux, le Père se félicitait donc qu’un tel foyer d’amour divin flambât auprès de lui.

Le jour fixé pour l’audience arriva. Le Pape, entouré de deux prélats, se tenait assis dans l’une des salles du Vatican où Joseph et le Général furent introduits sitôt entrés.

Comme le Saint se prosternait pour baiser les pieds du saint Père, un de ces ravissements impétueux dont il avait coutume s’empara de lui. Il poussa un grand cri, quitta le plancher, et resta les bras étendus, les yeux au ciel, à la hauteur du chapiteau des colonnes qui supportaient la voûte.

« Pénétré d’une religieuse terreur, rapportent les actes, le Souverain Pontife se tourna vers le Général et lui dit : — Si frère Joseph meurt sous mon règne, je déposerai du prodige dont je suis témoin. »

Joseph ne redescendit sur le plancher que quand le Père Larina le lui eut commandé au nom de la sainte obéissance.

Le Pape, toujours fort ému, le congédia sans lui poser de questions. Mais, peu après, il ordonna de garder le Saint en réclusion dans un couvent de l’Observance, ailleurs qu’à Rome.

Quoique très peiné de perdre le Frère, le Général se hâta d’obéir et, donnant des instructions pour que sa clôture demeurât très étroite, il l’envoya dans un monastère d’Assise.

VIII