En effet, quelques mois plus tard, Albergati fut promu cardinal par le pape Innocent X. Il ne s’y attendait nullement.

Les faits de ce genre se comptent en grand nombre dans l’histoire du Saint.

Cependant, quelque soin qu’on mît à le tenir au secret, Rome commençait à s’occuper de lui. Les cinq ou six ecclésiastiques qui parvinrent jusqu’à lui et qui l’entretinrent ne cachaient pas leur étonnement et leur admiration. D’autres l’avaient vu s’élever de terre à l’église. On en parlait dans tous les coins de la ville. Ces rumeurs et les commentaires qu’ils suscitaient arrivèrent aux oreilles du Pape qui voulut le voir.

C’était alors Urbain VIII, pontife très occupé de politique et qui montrait du goût pour les choses de la guerre. Il aimait à tracer des plans de fortifications, établissait des manufactures d’armes, fondait de l’artillerie, accumulait des munitions et recrutait des soldats.


Soit dit en passant, lorsque, au cours des âges, on rencontre de ces Papes guerriers que le soin d’accroître le domaine du Saint-Siège ou de le militariser absorbe à ce point, on ne peut s’empêcher d’éprouver quelque surprise. Car enfin passer des revues, conduire des sièges, livrer des batailles, tenir la poudre sèche et les sabres bien affûtés, est-ce un rôle qui convienne au représentant de celui qui a dit : « Je laisse ma paix avec vous, je vous donne ma paix ? » Si Notre-Seigneur avait approuvé les armes et les combats, après que saint Pierre eut coupé l’oreille droite de Malchus, il aurait peut-être prescrit à l’apôtre de lui trancher aussi l’oreille gauche. Au contraire, il fait remettre le glaive au fourreau, et il déclare : « Celui qui tire l’épée, périra par l’épée. » Pourquoi tels de ses Vicaires se sont-ils conduits comme si cette parole de l’Évangile était lettre morte ?

Je sais : il y avait le pouvoir temporel et, par suite, un domaine à sauvegarder. Mais précisément ces territoires il fallut les administrer, les défendre contre les convoitises des empereurs, des rois et des républiques ; certains papes cédèrent même à l’ambition de l’arrondir aux dépens du voisin. Or si l’on récapitule l’histoire de l’Église, on s’apercevra tout de suite qu’elle relate une série de catastrophes et d’humiliations, provenant, presque toutes, du fait que le Souverain Pontife assumait une double tâche : d’une part, mener au salut éternel les âmes de bonne volonté selon la tradition apostolique, d’autre part, guerroyer et politiquer comme si le royaume de Jésus-Christ eût été de ce monde.

Je me trompe peut-être mais il me semble que les désastres infligés sans cesse au pouvoir temporel et finalement le rapt des États romains par la maison de Savoie démontrent que Dieu n’approuvait guère ce dualisme.

Le pouvoir temporel n’existe plus. La Papauté s’en trouve-t-elle diminuée ? Nullement, car libéré du souci d’agir en prince de la terre vis-à-vis des princes de la terre, le successeur des Apôtres peut se donner, désormais, tout entier à sa mission surnaturelle.

Il y eut Jules II qui endossait la cuirasse, prenait des villes d’assaut, excommuniait tour à tour le Roi de France et les Vénitiens selon qu’il disputait à celui-là, ou à ceux-ci des provinces sur lesquelles ni lui ni ses compétiteurs n’avaient beaucoup de droits. — Et il y eut Pie X, le saint Pape, objet de notre vénération fidèle. Méprisant les finasseries diplomatiques, foudroyant l’hérésie, dénué de biens terrestres, riche de l’Esprit Saint il répandit un si large rayonnement sur l’univers spirituel que, depuis son décès, nous portons encore son deuil.