Quand Bénitez la découvrit, accroupie dans l’obscurité de ce trou, il témoigna une grande joie, disant que son maître et les gens du village seraient on ne peut plus satisfaits d’apprendre qu’il avait enfin trouvé le refuge de l’anachorète que tous vénéraient. Mais Catherine désolée : « — Je vous le demande en grâce, s’écria-t-elle, gardez-moi le secret !…
— Je ne puis, répondit Bénitez, j’ai promis à mon maître de l’avertir au cas où je réussirais à vous joindre. »
Et pour éviter des instances plus pressantes, il s’esquiva non sans avoir déclaré à Catherine qu’il reviendrait lui apporter du pain.
Une fois seule, la Solitaire éclata en sanglots : son cœur se brisait à la pensée qu’il faudrait rompre son tête à tête avec Dieu et, par-dessus toutes choses, elle redoutait les louanges que son genre de vie allait lui attirer.
Elle se prosterna, le front sur les cailloux, et supplia Jésus de lui épargner cette amertume.
Mais aussitôt Notre-Seigneur lui répondit : « Prends courage. Le temps est venu où je veux qu’on connaisse ce que j’ai fait de toi. Et ainsi, pour ma gloire, tu procureras le bien d’un grand nombre d’âmes. »
Dès qu’elle eut reçu cette lumière, elle se sentit toute fortifiée ; et elle attendit avec calme et résignation que le bon Maître lui désignât le nouveau mode d’existence auquel il la vouait.
Le patron de Bénitez ne garda pas le silence. De par lui, le bruit se répandit rapidement dans la contrée environnante que la retraite de l’ermite était enfin découverte. On ne parla plus que de cela dans tous les villages. Et même, certains, qui l’avaient épiée, publièrent que Catherine pourrait bien être une femme déguisée en homme. Quelques prêtres des paroisses voisines s’émurent de ces propos. Ils craignirent qu’on ne fût en présence d’une aventurière qui, sous prétexte de vie érémitique, s’adonnait peut-être à des choses peu édifiantes. La pauvre Catherine aurait eu beau leur alléguer l’exemple de sainte Eugénie et de sainte Euphrosyne, il est probable qu’elle n’aurait pu réussir à les convaincre. Afin de réprimer le scandale, ils se rendirent donc au terrier un matin que la Solitaire était à la messe et ils y découvrirent des papiers qui levèrent leurs doutes quant à son sexe. C’étaient des lettres de don Juan d’Autriche apportées par Martin Alonso qui, selon sa promesse, était venu rendre deux ou trois visites à Catherine. Avec l’approbation de celle-ci, il avait confié au prince les raisons de sa fuite, son travestissement et sa pénitence, en lui demandant le secret absolu. Don Juan l’avait promis et observé. Il lui suffisait d’être rassuré sur le sort de sa gouvernante. Cependant, comme il lui portait une grande affection et gardait le vif souvenir des soins qu’elle lui avait prodigués, sans demander à connaître l’endroit où elle s’était retirée il lui écrivit ces lettres très tendres où il lui donnait le nom de « mère ».
Les prêtres, les ayant lues, s’ébahirent. D’une part, ils voyaient maintenant qu’ils avaient affaire à une femme de bien et non à une gourgandine. D’autre part, interprétant le texte à la lettre, ils s’imaginèrent que Catherine était réellement la mère de don Juan et ils se demandèrent quelle conduite tenir à l’égard d’une personne qu’ils croyaient de sang royal.
Perplexes, ils allèrent demander conseil aux religieux de la Fuen Santa. Le confesseur de Catherine déclara qu’homme ou femme, noble ou roturière, il la tenait pour une merveille de sainteté et il recommanda de la laisser tranquille, ajoutant que sa présence était une bénédiction pour le pays. Tous se rendirent à son avis. Cependant un Père Véga, dignitaire du couvent, résolut de poursuivre l’enquête. A cet effet, il se rendit au terrier où Catherine l’accueillit avec déférence.