Mais à qui ? — Elle eut beau réfléchir, sa pensée ne se fixa sur aucun Ordre connu d’elle.

Ne sachant que résoudre, un jour qu’elle se sentait encore plus pressée de suivre la volonté divine, elle se prosterna en s’écriant : « Seigneur, je vous en conjure, montrez-moi ce qui est le plus conforme à votre bon plaisir. »

Aussitôt, elle eut une vision : « Notre-Seigneur lui apparut tout resplendissant de lumière et de beauté et lui présenta l’habit des Carmes déchaussés. Croyant qu’il voulait l’en revêtir tout de suite, elle étendit la main pour le prendre. » Mais, dans le même moment, ses forces l’abandonnèrent. Inondée d’une joie surhumaine par la présence de Jésus, elle tomba sur le sol et perdit connaissance. — Quand elle revint à elle, la vision avait disparu.

Catherine en garda néanmoins le souvenir très précis de l’habit qui lui avait été montré. Seulement, de quelle congrégation était le vêtement ? Elle l’ignorait, parce qu’à l’époque où elle quitta la cour, la réforme du Carmel n’étant pas encore commencée, les Carmes de la Mitigation s’habitaient d’une façon beaucoup moins austère.

Dans son incertitude, elle redoubla de prières et de supplications. « Sa divine Majesté, dit le Père François, l’éclaira de la manière suivante. Par son ordre, notre Père saint Élie se montra à elle revêtu d’un habit semblable à celui qu’elle avait discerné entre les mains de Notre-Seigneur. La vue du prophète, qu’elle reconnut pour avoir joui de sa présence en des visions antérieures, lui fut une manifestation plus claire de la volonté divine et lui confirma l’assurance qu’il existait dans l’Église des religieux portant cet habit. Elle en ressentit une joie extrême… »

Cette allégresse ne dura pas. Notre-Seigneur, afin de la garantir contre l’amour-propre, lorsqu’il la renverrait dans le monde pour vaquer à la fondation dont il lui avait inspiré la pensée, lui retira le sentiment de sa présence. Le soleil intérieur s’éclipsa. Elle sentit son âme affreusement déserte et sombra dans cette nuit obscure qui constitue l’épreuve la plus rude de la vie unitive. En même temps, la nature, que ne transfigurait plus la lumière surnaturelle dont elle avait pris l’habitude, lui sembla terne et désolée. L’oraison lui apparut comme une étendue sablonneuse où s’absorbaient les eaux vives de la Grâce. Tout exercice de piété lui devint pénible, presque ennuyeux. Elle passa des jours à se répéter : « Mon Dieu pourquoi m’avez-vous abandonnée ? »

Dans cet état de déréliction, elle en vint à se persuader que toutes les faveurs dont Jésus l’avait naguère comblée étaient illusoires, que le Démon avait fait d’elle son jouet et s’était complu à l’égarer en lui désignant, par de fausses visions, une tâche qu’elle ne pourrait jamais accomplir.

Errant ainsi dans des ténèbres absolues, elle perdit le goût de vivre ; elle frôla les confins du désespoir. Son corps émacié, que ne soutenait plus son âme débilitée, fléchit à son tour. Elle tomba gravement malade.

Le bruit s’en répandit dans la contrée. Et c’est alors que des villageoises pieuses vinrent la soigner et découvrirent sur ses épaules les marques des assauts diaboliques dont il a été parlé plus haut.

Mais les soins et les remèdes ne purent rien contre le mal dont Catherine souffrait ni même les encouragements de son confesseur dont les discours lui semblaient un bourdonnement dépourvu de signification.