Catherine lui répondit avec tant de douceur et montra tant d’humilité que, tout de suite, l’Augustin sentit ses préventions s’affaiblir. Il se mit alors à l’interroger sur son oraison. Elle lui en décrivit, d’une façon si précise, les différentes phases et, ce faisant, elle révéla un tel amour de Dieu, que bientôt, le moine plein d’admiration, fut convaincu qu’il était en présence d’une âme exceptionnelle dont le mode d’existence correspondait à des grâces d’un ordre tout à fait supérieur.
Catherine termina son exposé par ces mots : « Il me semble, mon Père, que Notre-Seigneur a voulu cette retraite. Je n’ai rien fait pour provoquer l’affluence des pèlerins vers moi. Loin de m’en réjouir, j’en souffre beaucoup et je serais heureuse de m’y soustraire. Si je la supporte, c’est, comme je viens de vous le confier, parce que mon Maître adoré me l’imposa… Du moins, je le crois. Si, plus éclairé que moi, vous en jugez autrement, je suis toute prête à disparaître car j’aimerais mieux mourir que de risquer le salut de mon âme par infatuation.
— Non, non, répondit l’Augustin, Dieu vous a visiblement conduite dans cette solitude. Je comprends maintenant qu’il serait téméraire de mettre obstacle à ses desseins ; restez ici, puisque le voisinage de la Fuen Santa vous donne la facilité de recevoir les sacrements. C’est moi qui me suis trompé. Je retire tout ce que je vous ai dit de blessant et je me recommande à vos prières. »
Puis il la bénit et se retira. Et il publia partout les vertus de la pénitente.
Cependant cet entretien laissa des traces dans l’esprit de Catherine d’autant plus qu’il coïncidait avec certaines idées que Dieu lui envoyait, avec persistance, depuis quelque temps.
Elle se disait : « J’ai maintenant l’impression que si je continue à vivre dans l’isolement, je cesserai de mériter la faveur divine. Quelqu’un me dit intérieurement qu’il faut que je me fasse religieuse, que je prenne désormais la voie de l’obéissance et que je soumette ma volonté à celle d’autrui. Si c’est Jésus qui me parle, je suis toute prête à entrer dans un monastère… Mais alors pourquoi m’inspire-t-il tant d’éloignement pour les communautés de femmes ? Chaque fois que ma pensée se porte de ce côté, je me peins, malgré moi, mille faiblesses inhérentes au sexe, des règles mal observées ou mitigées à l’excès ; et la société féminine, qui ne me plut jamais beaucoup, m’apparaît davantage encore inconciliable avec ce que Dieu attend de moi… J’entrerais volontiers dans une communauté d’hommes. Mais ce n’est plus possible puisque j’ai perdu le bénéfice de l’incognito. »
Dans cette incertitude, la pensée lui vint d’un moyen terme qui pourrait tout concilier : rester dans sa grotte et fonder, à côté, un monastère de religieux.
Elle prononcerait ses vœux entre leurs mains, les reconnaîtrait pour ses supérieurs et se mettrait sous leur direction. Ainsi, sans abandonner la vie érémitique, elle suivrait une règle et joindrait au mérite de l’obéissance une garantie contre les illusions du sens propre.
Avec l’esprit de décision qui la caractérisait, elle s’occupa tout de suite de réaliser son projet. Elle proposa d’abord la fondation à des Pères Franciscains qui étaient venus la voir. Ceux-ci l’approuvèrent fort et en parlèrent à leurs supérieurs. Mais quand on en vint à l’exécution, toutes sortes de difficultés surgirent, la chose traîna en longueur. Catherine comprit alors que Dieu réservait à d’autres qu’aux fils de Saint-François l’accomplissement de l’œuvre qu’elle méditait.