XIX
Cet incident fit comprendre à Catherine qu’il était urgent d’entamer les démarches pour la fondation, car elle se rendit compte que si elle s’attardait à la Cour, les malveillants reviendraient à la charge et réussiraient peut-être à entraver ses projets. D’autre part, elle ne cessait de soupirer après la solitude.
Elle se mit donc à la besogne et avec un tel esprit de suite que bientôt toutes les formalités pour l’acquisition du terrain autour de sa grotte furent remplies. Le Roi, lui-même, qui l’appréciait fort, prit soin de lui aplanir les difficultés. Dès qu’elle eut en main les titres de propriété du territoire entre Vala de Rei et la Roda, elle s’occupa de réunir les fonds pour la construction du monastère.
« Chacun s’empressa de les lui fournir, écrit le biographe, la famille royale, les princes, les seigneurs et les dames de la Cour lui apportèrent de l’argent et aussi des perles de grand prix, de riches étoffes pour les ornements d’église et des chasubles magnifiques et des calices d’argent. »
Tant de cadeaux suscitèrent de la jalousie dans le clergé de Madrid. Un grand vicaire de la cathédrale ne put en prendre son parti.
« Il me semble, disait-il, que pour des religieux déchaussés, qui se réclament d’une pauvreté rigoureuse, des calices de plomb et des chasubles de laine seraient bien suffisants !… »
Mais Catherine sut relever cette observation saugrenue.
« Comment, s’écria-t-elle, en dardant sur le prêtre envieux un regard foudroyant, toi qui n’es qu’un vermisseau, tu manges dans de la vaisselle en vermeil et tu voudrais qu’on prît du plomb pour le service du Roi des Rois ! »
L’autre, déconcerté, battit en retraite.