Aussitôt que Catherine l’aperçoit, ne voilà-t-il pas qu’elle lui donne sa bénédiction ! — Ormétano, de tempérament fort irascible, croit qu’elle veut le braver. « Comment, dit-il à Mariano, c’est vêtue d’un froc de moine que tu as eu l’audace de conduire ici cette folle ?… » Puis se tournant vers Catherine : « Et toi, femme éhontée, dis-moi donc un peu de quel droit tu te permets de donner des bénédictions comme un évêque… »

Sur cette apostrophe, Catherine s’agenouilla devant le nonce et répondit, avec beaucoup d’humilité, que, si elle avait péché par ignorance, elle était prête à s’amender et à subir une punition.

Cette marque de soumission étonna le prélat car on lui avait affirmé que Catherine était une orgueilleuse qui ne supportait aucune critique. Un peu radouci, il la fit relever et lui ordonna de s’expliquer.

Alors la Solitaire, conservant la simplicité de langage dont elle avait coutume même vis-à-vis des Grands : « Mon fils, dit-elle, quand j’étais dans mon ermitage, après que j’eus été découverte, quelques personnes vinrent me trouver et me demandèrent de prier pour que Dieu les délivrât de leurs maladies ou de leurs chagrins. Je le fis, par charité, puis, comme je sais la vertu du signe de la croix, afin que ces infortunés ne m’attribuassent pas leur guérison, je les bénissais. Il a plu à Dieu d’opérer des miracles par ce moyen. Depuis, sans y réfléchir, je bénis tous ceux que je rencontre, pour qu’ils aient tous part aux mérites de la sainte croix. Si c’est une mauvaise habitude, et si tu me défends de continuer, je prierai Notre-Seigneur de me donner la force de t’obéir ; et je le ferai de bien bon cœur car, je te le jure, je te tiens pour son représentant sur terre…

« Quant à mon habit, permets-moi de te confier ceci : comme je désirais fonder près de ma grotte, un monastère de religieux, Jésus-Christ m’apparut avec ce vêtement entre les mains et notre père saint Élie m’a visité, portant ce même costume. Par là, j’ai cru comprendre que c’était la volonté de Dieu que je le prisse. Mais si tu me commandes de le quitter, je t’obéirai sans hésiter une minute… »

A ce coup, le nonce fut touché : — Passe pour les bénédictions, reprit-il, mais toi, Mariano, tu aurais dû la faire habiller en femme avant de l’introduire en ma présence.

— Hé, monseigneur, répondit Mariano, si tu m’avais laissé le temps de parler, je t’aurais tout expliqué et après tu aurais pu me donner tes ordres.

— J’ai peut-être été un peu prompt, reconnut Ormétano.

Sur quoi, tous trois se mirent à causer amicalement en dialecte napolitain. De ce colloque il résulta que le nonce dépouilla ses préventions contre Catherine. Il sentit sa sainteté, admira son zèle pour le service de Dieu, et la prit tout à fait en gré. De sorte qu’il termina l’entretien par ces mots : « Il ne convient pas d’introduire des nouveautés dans l’Église. Cependant, Bonne Femme, puisque tu n’y mets point de malice, j’autorise provisoirement les bénédictions et même, je permets que tu gardes ton habit. »

Après les avoir congédiés, il rassembla d’autres informations. Le bien qu’il apprit de Catherine lui fit résoudre de la laisser agir à sa guise. Il ne lui donna pas d’autorisation officielle mais il imposa silence aux ennemis de la Solitaire lorsque ceux-ci renouvelaient leurs insinuations. « La Mère Cardonne est une sainte femme, disait-il, elle m’a promis de prier pour moi et j’en suis très content. »