— Comment pouvez-vous donc être Carmélite ?
— Je ferai pénitence ; c’est là tout mon désir. »
Vaincue par tant de résolution, la Prieure déclara qu’elle admettrait Camille comme postulante. On était au mois d’octobre 1783 ; l’entrée fut fixée au 2 février de l’année suivante, fête de la Purification de la Sainte Vierge.
La biographe ajoute : « Il s’agissait de préparer le départ et d’annoncer la résolution à la famille. La nouvelle fut donc donnée par Mlle de Soyecourt à ses parents. L’alarme fut grande et, malgré la certitude où l’on était de la séparation, le choix de l’Ordre vint s’ajouter à la douleur générale.
« Pour la mère surtout, le Carmel était le dernier mot de l’épouvante. Cette fille si aimée, de santé si frêle, allait entrer dans un Institut où tout est fait pour crucifier la nature. Elle ne pouvait s’habituer à cette pensée. On était à l’entrée de l’hiver dont les rigueurs s’annonçaient déjà et la mère s’exagérait les souffrances que sa fille aurait à endurer dès le début.
« C’est insensé, disait-elle à son mari, je crois, en vérité, que nous aurions le droit d’empêcher notre fille de commettre une pareille folie !… »
Mais M. de Soyecourt ne voulut pas revenir sur la parole donnée. En outre, il possédait, plus que sa femme, le sens du surnaturel.
« Vous avez raison, lui répondit-il, c’est une folie, mais cette folie se nomme la folie de la croix. Puisque cet Ordre est ancien et fort approuvé par l’Église, je ne vois aucun motif d’interdire à ma fille d’y entrer. Quel que soit mon chagrin, si Dieu l’y appelle et si c’est sa vocation, je m’incline. »
Mme de Soyecourt fut longue à se résigner ; elle fit encore plusieurs tentatives pour déterminer sa fille à choisir un Ordre moins austère. Mais le parti de Camille était bien pris. Elle repoussa toutes les obsessions avec douceur mais avec netteté. — Et elle entra, tout heureuse, au Carmel, le jour fixé par la Prieure, c’est-à-dire le 2 février 1784.