[11] C’était l’ancien couvent de Port-Royal, célèbre à l’époque la plus effervescente du Jansénisme.
Les administrateurs de police venaient, à peu près tous les jours, visiter les prisonnières et leur demandaient, chaque fois, si elles étaient disposées à jurer. Celles qui répondaient négativement étaient chargées d’injures et de menaces. Celles qui gardaient le silence étaient recluses pour vingt-quatre heures, dans une salle où l’on avait enfermé des folles.
Aucune des Carmélites ne faiblit. Elles avaient d’ailleurs pour les soutenir les visites de l’abbé de Lalande qui, toujours déguisé en garçon marchand de vins et muni de son panier à bouteilles, réussit à s’introduire auprès d’elles une ou deux fois par semaine.
L’abbé remit à l’une d’elles, Sœur Victoire, un écrit portant ce titre : Avis aux religieuses où un prêtre inconnu exposait les raisons qu’il y avait, au point de vue spirituel, de refuser le serment. C’était une imprudence car les prisonnières subissaient des fouilles fréquentes qui ne respectaient même pas leur vêtement le plus intime. Au cours de l’une d’elles, le papier fut découvert.
Grand émoi parmi les zélés de la section. Sœur Victoire comparut aussitôt devant les commissaires. Voici son interrogatoire. Je le reproduis tel quel car il montre à la fois l’état d’esprit des inquisiteurs et la trempe d’âme de leurs victimes.
Le Commissaire : « — Connaissez-vous cet écrit ?
Sœur Victoire : — Je le connais.
Le C. : — L’approuvez-vous ?
S. V. : — Oui je l’approuve.
Le C. : — Quelle raison nous donnerez-vous de ne pas faire le serment ?