Elle répondit : « Parce que j’aime le Carmel et que je ne conçois point de loi qui interdise de se réunir plusieurs ensemble pour prier. »
Sœur Angélique fut particulièrement sollicitée de dénoncer le prêtre qui lui avait remis l’avis aux Religieuses et les ecclésiastiques qui venaient rue Cassette. Pendant plus de trois heures, elle fut retournée sur le gril de questions toujours pareilles ; elle ne livra aucun nom. D’ailleurs, il en alla de même pour toute la communauté. Unanimes à refuser le serment, les Carmélites ne le furent pas moins à garder le silence sur leurs directeurs.
N’espérant plus rien obtenir de ces « entêtées », les commissaires de la section prononcèrent un arrêt de renvoi devant le Tribunal révolutionnaire. Les Religieuses, le soir même, furent transférées à la Conciergerie.
L’acte d’accusation fut rédigé, dans le style boursouflé de l’époque, par le pourvoyeur habituel de la guillotine : Fouquier-Tinville. Les Carmélites y sont prévenues « de rassemblement et de machination tendant à troubler l’État et à provoquer la guerre civile par le fanatisme… Au lieu de vivre paisiblement sous la protection (?!) de la République, elles ont fait de leur maison un repaire de prêtres fourbes et fanatiques avec lesquels elles complotaient contre les principes immortels de liberté et d’égalité ».
Il y avait là de quoi les vouer à la boucherie.
Elles comparurent devant le Tribunal le lendemain. L’interrogatoire fut une reproduction des précédents. Toutes persistèrent dans leur refus de nommer les prêtres qui les avaient assistées et de prêter le serment. Un incident égaya d’une façon assez inattendue la séance. Le président Dumas cherchait à persuader à l’une d’elles, Sœur Chrétienne, converse, qu’elle avait fait des aveux, par mégarde, pendant l’instruction. L’accusée « qui, depuis vingt-cinq ans n’avait parlé à d’autre homme qu’à son confesseur », s’écria : « Non, mon Père, ce n’est pas vrai : je n’ai rien dit !… »
Un rire général, auquel les religieuses et les juges eux-mêmes ne purent s’empêcher de se joindre, éclata.
Après le plaidoyer fort insignifiant de défenseurs officieux et le réquisitoire ampoulé de Fouquier, trois questions furent posées aux jurés. Il est instructif de les reproduire :
1o Est-il constant qu’il a été formé un rassemblement de huit femmes auxquelles des prêtres criminels ont inspiré, par des écrits, des discours et des pratiques superstitieuses, un fanatisme qui égara leurs victimes ?
2o Les ci-devant religieuses sont-elles convaincues d’avoir fait partie de ce rassemblement fanatique et d’avoir refusé le serment ?