— Ah ! dis-je, il y a un jardin ?
— Mais oui, Monsieur, il entoure la maison et s’étend par derrière.
Je suivis son conseil d’autant plus volontiers que je désirais explorer les abords de cette demeure — fallait-il dire hantée ? Je voulais surtout étudier la maison voisine, ne pouvant m’ôter de l’esprit que là résidait l’origine des bruits qui m’avaient persécuté.
Or à peine le coin tourné, je découvris qu’il n’y avait pas de maison voisine.
Entre le mur oriental de celle du docteur et la haie très épaisse et très haute qui limitait le jardin, se succédaient une allée de gravier, un long parterre de dahlias et de géraniums, puis une bande de gazon. Je mesurai de l’œil l’espace que couvrait cet ensemble et je l’évaluai à une vingtaine de mètres. En outre, par delà la clôture, j’aperçus un autre jardin, planté d’arbres touffus et où ne s’élevait aucune habitation.
C’était concluant. Je dus abandonner l’hypothèse d’un… tapage nocturne venu de l’extérieur, exagéré et déformé par une disposition fiévreuse résultant de mon voyage. Il n’y avait plus de doute : ma chambre avait été le théâtre de phénomènes qu’il importait de relater à mes hôtes.
Absorbé dans ces réflexions, je me tenais immobile au milieu de l’allée quand la servante vint m’avertir qu’on m’attendait pour déjeûner. Je rentrai à sa suite en me disant : Tout va peut-être s’éclaircir…
Dès que j’eus franchi le seuil de la salle à manger, mes amis s’empressèrent de me demander des nouvelles de ma nuit.
— Elle a été très mauvaise, répondis-je.
Ils s’étonnèrent. Mais sans leur laisser le temps de me poser des questions, j’interrogeai à mon tour : — Et vous, avez-vous bien dormi ?