Les hirondelles chantaient éperdument. Oh ! ce chant !… Ce n’était pas leur gazouillis coutumier, mais un hymne de joie qui exprimait une reconnaissance infinie, une félicité sans bornes. Frais comme l’eau d’une source sous-bois, pénétrant comme un parfum de tubéreuse, aérien et subtil !… Mais pourquoi chercher des comparaisons ? Cela dépassait tout ce que nos sens, rendus infirmes par le péché, peuvent s’assimiler — tout ce que notre esprit, entravé par la chair, peut concevoir.
Et le chant disait : Gloire à Dieu au plus haut des cieux !…
A écouter, dans le ravissement, cette action de grâces, il me fut appris que ces hirondelles signifiaient les âmes du Purgatoire dont les prières de la communauté avaient obtenu la délivrance. Avant leur migration définitive vers la béatitude éternelle, Dieu permettait qu’elles me révélassent que mes oraisons, ma vie pénitente, à moi pauvre moine si imparfait, et jusqu’à mon agonie entre les griffes du Démon, n’avaient pas été en vain.
Alors, mon cœur se dilata, s’épanouit comme une rose de mai ; je riais, je pleurais des larmes d’allégresse, je chantais, moi aussi : Gloire à Dieu !…
Enfin les hirondelles se levèrent toutes, déployèrent leurs ailes, montèrent vers les hauteurs radieuses où, chantant toujours, elles se perdirent en Dieu. Ah ! que j’aurais voulu les suivre !…
Le frère Placide n’ajouta rien. L’abbé Cerny et moi, nous ne fîmes aucun commentaire. Et qu’aurions-nous pu dire ? Nous étions transportés, comme lui, loin de ce triste monde : ce qu’il avait vu, nous devenait sensible et nous prenions pleinement conscience qu’il est salutaire, à quiconque se veut ami de Jésus, de souffrir avec nos sœurs pathétiques : les âmes du Purgatoire.
La nuit a passé. Un petit jour blafard colle maussadement sa face aux vitres. Le vent ne souffle plus, mais la pluie redouble. Étendus côte à côte sur le plancher, nous commençons à nous assoupir quand une canonnade enragée nous force de déclore les paupières. Nos 75 lancent des aboiements secs. Au loin, dans le brouillard, les grosses pièces allemandes leur répondent par de lourds grognements enroués. Allons : le sang ruisselle comme il a ruisselé hier, comme il ruissellera demain. Et les âmes des morts tourbillonnent parmi les rafales homicides : — Priez pour nous ! Priez pour nous ! implorent-elles.
Nous prions…