Mon Dieu, donnez-moi afin que je vous donne et que j’acquitte ainsi une faible partie de ma dette envers vous.
Saint Augustin : Confessions XI.
La littérature c’est très bien et je ne m’en désintéresse pas puisque, à la requête de quelques amis, je viens de donner mon sentiment sur un certain nombre de volumes récemment publiés. Mais combien je préfère les ouvrages où il n’est parlé que de Dieu et de son action sur les âmes ! Je l’ai dit dans Jusqu’à la fin du monde : « Rien n’a d’importance hormis la Sainte Trinité. Cet axiome régit ma vie ultérieure, inspire mes jugements et mes actes. Ceux qui ne l’admettent pas ne saisiront jamais totalement la signification de mes écritures.
Il y a d’abord mes lectures quotidiennes, celles où, très loin de la gent-de-lettres et de ses vaines rumeurs, j’entretiens mon goût de l’oraison contemplative dans la solitude et le silence : Livres chéris, je vous garde sans cesse à portée de ma main : Évangiles, Épîtres de saint Paul, Imitation, Œuvres de sainte Térèse et de saint Jean de la Croix, traité d’ascétisme de Ribet. En tous, j’ai trouvé l’aliment nécessaire à ma souffrance joyeusement consentie, mes sources de prière et l’objet capital de ma méditation. Parfois, telle phrase lue au réveil se traduit en images dont la splendeur m’absorbe tout un jour. Parfois elle se développe en un enchaînement d’idées imprévues à moins qu’elle ne se concentre en de vastes symboles où rayonne ce Soleil incomparable : l’amour de Dieu. Oui, grâce à vous, livres essentiels, je m’absorbe en cette atmosphère transparente et lumineuse où réside le Seigneur Jésus : le centre même de l’âme éprise de Lui seul. Plein de miséricorde pour le voyageur fatigué, il m’y révèle les secrets de sa tendresse ineffable, il me promène parmi les floraisons du jardin merveilleux, son royaume ici-bas, qui préfigure les Jardins Éternels !…
Mais taisons-nous : ces choses ne peuvent être exprimées par les mots maladroits dont usent nos pauvres dialectes humains. Bonum est sacramentum Christi Regis abscondere…
Et maintenant, amis, je vous parlerai de trois ou quatre volumes où j’ai trouvé de quoi satisfaire notre commune prédilection pour les choses de Dieu et de son Église. Les lignes qui vont suivre ne contiendront ni des analyses développées ni de la critique proprement dite. Ce sera simplement l’écho en moi des musiques qu’éveillèrent dans quelques âmes de bonne volonté la joie de dénombrer maints serviteurs du Bon Maître et de les suivre loin de l’époque imbécile où la plupart de nos contemporains s’affairent à paver, à sabler, à fleurir la voie que fouleront bientôt l’Antéchrist et ses cortèges casqués d’or infernal.
Des Saints. — La pauvre humanité, toujours encline à s’embourber dans les marécages de la vie sensuelle, perdrait complètement l’habitude de lever les yeux vers le ciel s’il n’y avait les Saints pour lui rappeler qu’elle a autre chose à faire ici-bas que de fournir d’esprits immondes les troupeaux de porcs du pays de Gérasa.
Les Saints, par l’exemple, par la parole, par la foi lumineuse qu’ils répandent autour d’eux, suscitent les courants purificateurs qui empêchent l’Église de s’assoupir dans la routine. Ils sont les véhicules fulgurants du Paraclet. Ils sont les surhommes qui nous rapprennent sans cesse à vouloir la volonté de Dieu. Contemplatifs appliquant la loi de réversion, souffrants rivés à Jésus-Christ dans la Voie douloureuse comme au Golgotha, fondateurs d’ordres, apôtres de la pénitence, clairons infatigables du Verbe incarné, héros de la guerre sans armistices, sur ses champs de bataille de l’âme où Satan rallie ses milices, eux seuls doivent être exaltés en opposition avec ces prétendus génies dont le siècle athée se targue — les choisissant de préférence parmi ceux qui haïrent Notre Seigneur.
Depuis quelques années, parmi les catholiques, certains ont commencé à comprendre qu’il est plus efficace de chercher une direction chez les Saints que de compulser les recettes graillonneuses où se dépense l’astuce des gargotiers de la politique « bien pensante ». On a publié et l’on publie des Vies de Saints, et plusieurs y ont récupéré — pour le plus grand bien de leur âme — le sens du Surnaturel.
Tels les deux volumes où une trentaine d’écrivains réunis par M. Gabriel Mourey ont résumé la Vie et les œuvres de quelques grands Saints[17]. Trente, c’est beaucoup et l’on ne me croirait pas si j’affirmais que tous montrèrent de la transcendance à traiter le sujet qui leur était confié. Pour ne chagriner personne, n’établissons point de palmarès et contentons-nous de dire que, dans cette galerie de portraits, on en distingue une dizaine qui tranchent bellement sur l’ensemble. L’un m’a particulièrement retenu, c’est le Saint Jean de la Croix signé de M. Maurice Brillant. Celui-ci a parfaitement résumé la vie de ce premier lieutenant de sainte Térèse pour la réforme des Carmes et des Carmélites. Il a vu toute la portée de cette alliance entre une femme de génie et un théologien comblé de grâces exceptionnelles et qui était en outre un admirable poète. Il écrit :