Autour de la maison la tempête allait grandissant. Le vent redoublait ses plaintes et prenait, par moments, des intonations presque humaines pour nous submerger dans un océan de détresse et d’abandon. On aurait dit que des voix d’outre-tombe se multipliaient parmi les ténèbres et s’angoissaient de n’être pas entendues. A la longue j’en fus obsédé à ce point qu’il me parut qu’elles articulaient une phrase, toujours la même : — Venez à notre aide !… Venez à notre aide !…
C’était si poignant que je frissonnai d’une crainte mystérieuse. L’abbé remarqua mon malaise.
— Qu’avez-vous donc ? me demanda-t-il, vous semblez près de vous trouver mal !…
— A coup sûr, répondis-je, je mentirais si j’affirmais que je me sens confortable et il ne me déplairait pas d’avoir un peu plus chaud. Mais ce qui me trouble, ce sont surtout ces lamentations dans la nuit… Dirait-on pas des âmes qui appellent au secours ?
L’abbé, pensif, hocha la tête : — Oui, je les écoute comme vous. Et je ne puis m’empêcher de croire que Dieu permet peut-être que sur ce champ de bataille qui a vu tant d’agonies, parmi un si grand nombre d’âmes qui furent précipitées à l’improviste dans le Purgatoire, certaines empruntent les clameurs de l’ouragan pour solliciter nos prières.
— Eh bien, dis-je tout bas, c’est précisément l’idée qui me hante.
— Moi aussi, murmura le frère Placide.
L’abbé reprit : — Que ce soit une illusion due à la fatigue et à notre solitude funéraire ou qu’en effet, l’autre monde se manifeste à nous, il est indiqué de prier pour tous ces défunts. Récitons le De profundis.
Nous le fîmes aussitôt avec grand recueillement et avec le désir intense de soulager ceux qui à cette heure subissaient, à cause de leurs fautes, les flammes rédemptrices. Lorsque, pour conclure, l’abbé eut demandé à la Miséricorde infinie de leur être une aube de fraîcheur dans l’ombre brûlante où ils expiaient et de leur octroyer l’espoir d’un repos prochain en son royaume de la Paix éternelle, il nous dit :
— Ce n’est pas la première fois que j’ai le sentiment d’être investi par les âmes du Purgatoire.