— Moi non plus, répondis-je, et je garde le souvenir précis d’une circonstance où j’ai pu concevoir une relation sensible entre les vivants et certains défunts particulièrement affligés.
— Contez-nous cela. Aussi bien, ce sont des propos qui s’adaptent aux heures que nous vivons présentement.
— Je parlerai volontiers, dis-je, et vous pouvez être assurés que je vous exposerai les choses exactement comme elles se sont passées. La réalité fut trop émouvante pour que j’y ajoute les broderies de l’imagination.
L’abbé m’approuva du geste et j’entamai le récit qu’on va lire.
II
UN REVENANT ?
Il y eut cinq ans à la fin de septembre dernier, un de mes amis, médecin de campagne habitant un village à la lisière de la forêt de Fontainebleau, m’avait invité à venir le voir. Comme nous étions fort liés, je l’aurais fait bien auparavant si les obligations que m’imposait mon métier de porte-paroles ne m’eussent tenu sans cesse loin de la région où il exerçait. Et même, lorsque je réussis à combiner mes déplacements de façon à lui rendre visite, je ne pus, à mon grand regret, lui consacrer que très peu de temps. Arrivant de Belgique, me dirigeant vers les Pyrénées, il me fallut le prévenir qu’il me serait impossible de passer plus de vingt-quatre heures chez lui. De fait, je descendis du train à la nuit tombante et je repartis dans la soirée du lendemain.
Mon ami — le docteur Dufoyer — et sa jeune femme m’attendaient à la gare. Ils me firent un accueil des plus chaleureux que je savais sincère car l’un et l’autre partageaient mes convictions religieuses et, en outre, toutes leurs habitudes de pensée correspondaient aux miennes.
Après les premières effusions, le docteur me dit : — Nous n’occupons plus la maison où vous êtes venu naguère.
— Vous trouvez-vous bien de ce déménagement ? demandai-je.
— Mais oui, notre nouveau logis est plus spacieux et présente des avantages que le premier ne possédait pas. Ajoutez que je l’ai payé un prix assez minime… J’attribue ce bon marché à ceci que, quoiqu’il fût en vente depuis très longtemps et que les acheteurs d’immeubles ne manquent pas dans le pays, personne ne semblait se soucier de l’acquérir. C’est sans doute la raison pourquoi le précédent propriétaire s’est montré plutôt facile au cours de nos négociations. Je ne m’en plains pas !…