Par prédestination, j’acceptai. Mais comme il fallait que ma force de volonté fût éprouvée, j’entrai d’abord dans une nuit glaciale où mon âme grelottait toute nue, subissait, sans pouvoir réagir, les frôlements du Démon et, se croyant abandonnée — tandis que jamais tu n’avais été aussi près d’elle ! — sanglotait : « Quia tu es, Deus, fortitudo mea, quare me repulisti !… »
Malgré tout, le pressentiment subsistait en moi que tu me viendrais en aide car, d’une façon immuable mais sans le moindre vestige de consolation sensible, ma pensée demeurait tout entière à toi. Et ce rudiment d’espoir ne fut pas trompé puisque, au moment de la plus grande angoisse, tu me revêtis soudain d’une tunique de flammes vivifiantes et tu illuminas l’ombre où je gisais d’une profusion d’images dont je n’essaierai même pas de décrire approximativement la splendeur…
Je repris l’ascension. Mais à mi-hauteur de la montagne, je m’aperçus que les images se raréfiaient et qu’elles allaient bientôt me quitter tout à fait. J’en ressentis du chagrin et j’eus des velléités de retourner en arrière. Tu me barras le chemin et tu me plongeas dans une nuit bien plus terrible que la première. Aux confins de la désespérance, comme si j’étais sur le point de franchir le seuil de la Géhenne, je m’écriais : — Je suis aveugle et je ne puis guérir ; mon esprit est pareil à une pierre inerte : je ne comprends plus rien à ce qui m’entoure, je ne saisis plus le sens surnaturel de ce que l’Église m’enseigna, je ne reconnais plus mon Jésus dans cette force qui m’entraîne — mais je monterai quand même parce que je veux l’aimer quand même…
Alors, tu me rendis ta Lumière et tu me conduisis par une pente encore très ardue, mais toute fleurie de roses rouges, au sommet de la Sainte Montagne.
Et voici que c’était le Calvaire…
Depuis, Seigneur Jésus, tu m’as uni à ta Passion et tu permets que, te contemplant sans trêve, je murmure :
Mon Maître aimé, mon Maître adoré, ta tête saigne sous la couronne d’épines… Que j’ai mal à cette tête !
Mon Maître aimé, mon Maître adoré, tes mains saignent perforées de clous très aigus… Que j’ai mal à ces mains !
Mon Maître aimé, mon Maître adoré, ton cœur palpite affreusement sous les coups de lance que lui prodigue l’ingratitude humaine… Comme je sens dans mon cœur les battements angoissés de ton cœur !…
Mais je brûle d’amour puisque tu daignes m’associer à tes tortures pour le rachat de mes frères captifs du Prince de ce monde !…