Plus je médite le texte de la Messe, plus j’y découvre de nouvelles profondeurs et de nouvelles beautés. C’est ce qui m’advint encore l’autre jour comme je venais de réciter la fin de la prière qui termine le canon : Per quem haec omnia, Domine, semper bona creas, sanctificas, vivificas, benedicis praestas nobis. Per ipsum et cum ipso et in ipso est tibi Deo patri omnipotenti in unitate Spiritus omnis honor et gloria.
Pendant tout le reste du Saint Sacrifice, ce verset radieux ne cessa de se répercuter en moi avec insistance. Comme, après l’action de grâces, mon esprit s’y reportait de nouveau, sans que ma volonté eût part à ce mouvement, je le vis soudain flamboyer aux profondeurs de mon être. J’en fus tout embrasé et je dis : — Prodige d’amour où la Sainte Trinité se concentre puis s’irradie par Jésus, qui la donne en se donnant ! Oui, je vois le mystère rayonner d’une clarté indicible. — Par Lui-même, je reçois la Vie surnaturelle comme une sève fécondante et je perçois que celui qui la refuse est mort, quoiqu’il paraisse vivant aux yeux du grand nombre. Avec Lui-même, je m’engage dans la voie étroite où il y a tant de ronces et de cailloux aigus mais aussi tant de fleurs incomparables à cueillir. En Lui-même, je me fondrai quand se lèvera le soleil de la Résurrection. Per ipsum, et cum ipso, et in ipso ! Je répète ces mots mainte et mainte fois et il me semble entendre chanter dans toute mon âme les grandes orgues d’un office triomphal…
Ce matin-là, naquit l’oraison que l’on va lire et qui formera la conclusion du présent volume.
Seigneur Jésus, je suis parti à ta recherche hors des ténèbres qui couvrent ce triste monde où trop d’hommes n’échangent que des paroles futiles, puantes de luxure, astucieuses ou cruelles. Ce n’est point l’astre des Mages qui éclairait ma route. Pour me guider, la Sainte Vierge, ma mère souriante, détacha une toute petite étoile de sa couronne. Quoiqu’elle brille à peine comme un ver luisant dans l’herbe drue, je la distingue très bien au fond de l’azur nocturne. Et je sais que Marie la réserve aux voyageurs éclopés qui ne trouvèrent pas d’autre abri que l’étable de Bethléem.
Seigneur Jésus, je t’ai cherché — je t’ai trouvé dans la solitude et le silence de la forêt où les vieux arbres, patriarches robustes, enlacent leurs ramures pour t’édifier un sanctuaire de feuillage.
Seigneur-Jésus, je t’ai cherché — je t’ai trouvé dans la solitude et le silence des vastes plaines que traversaient mes chemins de pèlerinage et que tu bénissais en y faisant souffler des brises salubres dont la cadence réglait celle de mes prières et de mes pas.
Seigneur-Jésus, je t’ai cherché — je t’ai trouvé dans la solitude et le silence des monastères où, parfumant l’âme des élus que tu désignas pour l’abnégation totale sous la stricte clôture, l’oraison monte vers le ciel comme un grand lys candide.
Mais c’étaient alors les étapes d’une course de printemps où la Grâce multipliait ses sourires. Plus tard, vinrent les marches par les saisons dures.
Comme je gravissais les premières pentes du Carmel, sainte Térèse, saint Jean de la Croix et Pascal ensuite vinrent à ma rencontre et me révélèrent que tu seras en agonie jusqu’à la fin du monde et ils m’invitèrent à partager tes souffrances comme ils les partageaient eux-mêmes.