— Pourquoi cette épouvante ? reprit Jésus. Pourquoi les pensées de doute qui se lèvent dans vos cœurs ? Voici mes mains et mes pieds. Touchez, rendez-vous compte : un fantôme n’a ni chair ni os comme vous voyez que j’en ai.

Ayant dit cela, il leur montra ses mains et ses pieds [percés par les clous du supplice].

Ils reconnurent leur Maître, mais dans le saisissement de leur joie, ils ne pouvaient encore en croire leurs yeux.

Alors Jésus leur demanda : — Avez-vous ici quelque chose à manger ?

Ils lui présentèrent un morceau de poisson grillé et un rayon de miel. Et, après qu’il eut mangé devant eux, prenant ce qui restait, il le leur distribua. »

Cette relation, si émouvante en sa simplicité, constitue, à mon avis, l’une des preuves les plus décisives de la véracité des Évangiles.

Je suis convaincu que des imposteurs, se concertant pour fonder une religion et voulant imposer la croyance à la résurrection du personnage légendaire qu’ils prétendent faire passer pour un Dieu, s’y seraient pris d’une autre manière. Ils auraient composé l’apparition comme une scène de féerie. Ils en auraient fait une sorte d’apothéose à grand orchestre. Ils auraient prêté à leur soi-disant Messie un langage emphatique. Probablement ils lui auraient fait prononcer, selon les préceptes d’une pompeuse rhétorique, un discours aussi prolixe qu’ampoulé.

Ici, au contraire, nul artifice, nulle avance à la superstition. Mais quel sobre et puissant réalisme dans l’exposé des circonstances. Ce n’est pas de l’art — c’est bien plus que de l’art.

On reconstitue facilement, par la pensée, l’entretien de ces âmes en désarroi depuis la mort de Jésus et qui n’ont pas encore reçu le Saint-Esprit.

Les disciples d’Emmaüs arrivent tout bouleversés de ce qu’ils viennent de voir et pressés d’en informer les fidèles. Dès qu’ils sont entrés, les plus confiants dans la toute-puissance de Jésus leur crient : — Le Maître est ressuscité : Simon l’a vu.