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TABLE DES MATIÈRES

Au lecteur

[15]

Chapitres

I.

Au bas de la montagne

[25]

— 

II.

Images du Confiteor

[35]

— 

III.

Sur une épître de saint Paul

[43]

— 

IV.

Un souvenir

[55]

— 

V.

En marge de l’Évangile

[61]

— 

VI.

Le Credo est une étoile

[73]

— 

VII.

Solidarité sainte

[95]

— 

VIII.

A la veille de souffrir

[127]

— 

IX.

Abel, le Patriarche et l’Ange

[135]

— 

X.

Avec les morts

[147]

— 

XI.

Pater noster

[163]

— 

XII.

Le royaume de la Paix

[177]

— 

XIII.

Miserere nobis

[185]

AU LECTEUR

Argentum et aurum non est mihi. Quod autem habeo hoc tibi do.

Actes des Apôtres III.

Vous, Dieu de paix, de joie et de bonheur,

Vous connaissez tout cela — tout cela,

Et que je suis plus pauvre que personne,

Mais ce que j’ai, mon Dieu, je vous le donne.

Verlaine : Sagesse.

Lecteur, si tu ne vas à la messe que pour réciter, d’un esprit distrait et d’une lèvre machinale, les prières liturgiques ou pour obéir à la coutume, ferme ce livre : il n’a pas été entrepris à ton intention. Mais si la messe constitue pour toi l’action capitale de la journée, celle qui, autant que le permet la faiblesse de la nature humaine, rayonnera sur tes pensées jusqu’à l’heure du sommeil, feuillette ces pages. Peut-être y trouveras-tu quelques sarments qui alimenteront dans ton âme le foyer où s’entretient ton amour de Dieu. La plupart me furent donnés pendant les retraites fréquentes que je fais en une Trappe où il a plu à Celui que les hommes de ce siècle remettent sans cesse en croix de me laisser entendre les battements de son Cœur dans la solitude, dans le silence et dans l’oraison contemplative.

Permets que je te parle un peu de ce monastère.

Il s’appelle l’abbaye de Notre-Dame-d’Acey. La flèche svelte de son clocher le désigne au fond d’une grande plaine que limitent les premières pentes du Jura. Une rivière aux courbes multiples la traverse. Des prairies plantureuses alternent avec des vignobles et d’épais bois de chênes dont les frondaisons sévères s’emplissent d’ombre dorée au crépuscule. Ici règne une paix sanctifiée où s’efface le souvenir de villes vainement tumultueuses.

Fondée en 1138, sous Bernard III, comte de Bourgogne, qui lui donna des terres, l’abbaye connut, tour à tour, la prospérité et la décadence jusqu’à la Révolution qui chassa les moines, déroba leurs biens, ruina, en grande partie, l’église et les bâtiments conventuels. La communauté se reconstitua en 1872. L’église, relevant d’un style de transition romano-gothique, avait été achevée vers 1250. Elle fut restaurée, avec goût, discrétion et science, dans les premières années du XXe siècle. Les religieux qui occupent cette abbaye sont des Cisterciens de la Stricte Observance. Cela veut dire qu’ils pratiquent la réparation pour les folies du monde, le culte intense de la Vierge, la conformité à Jésus portant le fardeau de nos fautes — la règle pénitente que conçut le grand réformateur qui eut nom Saint Bernard.

Durant mes retraites, j’aime à suivre au moins une partie de l’office de nuit dans la stalle qu’on m’a permis d’occuper à gauche du transept, près de la porte qui donne sur l’entrée de la sacristie. J’arrive vers trois heures et demie du matin. En été, le jour point déjà. Mais en d’autres saisons, d’aube plus lente à naître, une vaste obscurité, propice au recueillement, descend de la voûte, noie les ogives et ne laisse soupçonner qu’à peine la blanche élancée vers le ciel des piliers. Clarté unique, la petite lampe, jamais éteinte, qui veille devant le tabernacle où Jésus repose, scintille faiblement à travers toute cette ombre et permet, par instants, de deviner un peu les ors éteints du Maître-Autel.