Je dis que le chrétien qui n’a pas évoqué cette possibilité en tremblant, au moins une fois dans sa vie, fait preuve d’une confiance excessive en lui-même. Je dis que si la persécution sanglante revenait, il risquerait d’apostasier sur une simple menace d’arrestation.

Certains objectent : — Mais la persécution sanglante ne reviendra jamais. La dureté, la cruauté du paganisme antique n’existent plus. L’état de civilisation où nous sommes parvenus nous garantit du retour d’abominations pareilles.

Fragile assurance ! Il est vrai que la société actuelle, si régie qu’elle soit par une fringale de basses jouissances et par la négation des droits de Dieu sur l’humanité, garde encore quelques traces de l’adoucissement des mœurs qu’elle doit à des siècles de christianisme. Encore ne faut-il pas exagérer sa mansuétude car il n’y a pas si longtemps que sa mère la Révolution satanique tenta de détruire l’Église par la guillotine. Mais que, demain, un bouleversement social se produise. Je vous certifie que ceux qui le provoqueront brûleront d’une haine farouche contre Dieu et son Église et qu’ils mettront en pièces les fidèles avec autant de férocité — sinon plus — que ne le firent jadis les païens.

Et qui sait si ce temps n’est pas tout proche ? Qui sait si l’astre noir de l’Antechrist ne se lèvera pas bientôt à l’horizon trouble de l’avenir ?

Jésus a dit : « De ce jour et de cette heure, nul ne sait rien, pas même les anges mais Dieu seul. »

Et alors, ajoute saint Paul, « l’amour de Dieu se refroidira chez un grand nombre ».


Bien des signes donnent à présumer que ce soir du monde approche.

Ce n’est donc pas sans raison que je demande aux Saints martyrs qui se pressent devant l’autel de me venir en aide le jour, peut-être prochain, où il me faudrait rendre témoignage à Jésus sous le glaive. Leur exemple me fortifie. Les sachant près de moi, je me sens étroitement solidaire de leurs souffrances et de leur héroïsme. Contemplant leurs plaies je me sens aussi un peu moins indigne de m’offrir avec l’Hostie. Et, d’un cœur sans réticences, j’articule l’admirable prière qui précède immédiatement la Consécration :

Daigne, ô mon Dieu faire qu’en toutes choses, cette oblation soit bénie, légitime, valable, fondée en raison et acceptable par ta miséricorde, en sorte qu’elle devienne, pour notre salut, le Corps et le Sang de ton Fils très aimé, Notre Seigneur Jésus-Christ.