Je vous le demande : comment au souvenir de cette radieuse semaine, ne vouerais-je pas mon affection et mon entière gratitude au Saint qui m’assista de la sorte ?
Saint Pierre crucifié la tête en bas, saint Paul décapité, saint André crucifié et écartelé, saint Jacques le Majeur décapité, saint Jean l’Évangéliste plongé dans l’huile bouillante, saint Thomas lapidé, saint Jacques le Mineur assommé, saint Philippe crucifié et lapidé, saint Barthélemy écorché vif, saint Mathieu percé de la lance, saint Simon et saint Thaddée sciés par le milieu du corps, saint Lin décapité, saint Clet décapité, saint Clément décapité, saint Xyste décapité, saint Corneille décapité, saint Cyprien décapité, saint Laurent brûlé vif, saint Chrysogone décapité, saints Jean et Paul, les jumeaux, décapités, saints Côme et Damien décapités… Je vois cette troupe glorieuse et funèbre se ranger à la gauche du célébrant qui se recueille pour la Consécration ; je vois leurs mains sanglantes offrir à l’Hostie les instruments de leur supplice…
Un peu plus tard, quand le Pater va être récité, d’autres martyrs les rejoindront, qui se placeront à la droite du prêtre : saint Jean-Baptiste le Précurseur décapité, saint Étienne lapidé, saint Mathias décapité, saint Barnabé décapité, saint Ignace déchiré par les bêtes du cirque, saint Alexandre décapité, saint Marcellin décapité, saint Pierre l’exorciste décapité, sainte Félicité et sainte Perpétue massacrées, sainte Agathe brûlée vive, sainte Lucie égorgée, sainte Agnès égorgée, sainte Cécile saignée à mort, sainte Anastasie brûlée vive…
Ces témoins de la Vérité unique ont vaincu, ont triomphé des lâchetés de la chair et des embûches du Démon pour que nous, catholiques d’aujourd’hui, nous soyons mis à même de participer au sacrifice de Jésus-Christ par leurs mérites. Si nous assistons paisiblement à la Messe, c’est aux tortures qu’ils subirent sans défaillance que nous en sommes redevables. C’est de leur sang que l’Église est cimentée. C’est leur haleine qui en vivifie l’atmosphère chaque fois que la nonchalance de nos âmes médiocres la rend toute stagnante. Dans l’union solidaire que nous formons avec eux, leur part est énorme ; la nôtre bien minime.
Mais sans ce privilège que nous confère la communion des Saints saurions-nous, s’il le fallait, remplir les devoirs formidables qu’il peut impliquer un jour ?
Question angoissante et que je me suis souvent posée. Je me disais : — Imagine que, demain, les ennemis de l’Église deviennent nos maîtres, qu’ils édictent des lois et des décrets qui t’ordonneront de renier Jésus sous peine de mort. J’admets que, d’un premier mouvement, tu refusas l’apostasie. Mais on t’emprisonne ; et tu ne tardes pas à comparaître devant un tribunal d’athées en fureur qui te condamneront, sans délai ni appel, parce que son fanatisme matérialiste lui présente ta fidélité à Jésus comme un crime irrémissible. La sentence prononcée, tu es reconduit dans ton cachot et tu y restes seul avec cette pensée : dans quelques heures le bourreau me coupera la tête.
Es-tu bien sûr qu’alors tu n’appelleras pas le geôlier pour lui demander s’il n’existe pas des moyens d’échapper au supplice ?
— Il n’y en a qu’un, répondra-t-il, renonce à ton Dieu.
Auras-tu le courage de repousser la tentation ? Ne mendieras-tu pas une audience de tes juges pour sauver ton cher corps en perdant ton âme ? Et si l’on te présente un Crucifix, ne le repousseras-tu pas en t’écriant : « Je ne connais plus cet homme ? »