Le préfet insistait avec rage. Alors Laurent, désignant la partie droite de son corps déjà carbonisée : — Ce côté-là, dit-il, est assez cuit ; faites-moi tourner.

Le préfet hurla : — Je te ferai brûler pendant toute la nuit !

— Cette nuit, repartit le diacre, n’a point d’obscurité pour moi ; elle est pleine de lumière.

Puis, quelles que fussent les objurgations et les menaces de son tourmenteur, il cessa de répondre. Les yeux au ciel, il priait. Et voici sa prière :

« Sur le gril, Seigneur, je ne vous ai pas renié ; dans le feu, ô mon Jésus, je vous ai confessé. Vous avez éprouvé mon cœur, vous m’avez examiné et vous m’avez trouvé de bon aloi. Mon âme s’attache à vous parce que mon corps brûle à cause de vous. »

Puis il pria pour le triomphe du christianisme et enfin — rapportent les fidèles qui assistaient à son supplice — il prononça, d’une voix entrecoupée, ces mots : « Je vous remercie, Seigneur, de m’ouvrir les portes du ciel !… »

Et son âme s’envola dans la gloire de Dieu.

Hilarem datorem, celui qui se donne en riant, c’est ainsi que l’Église qualifie saint Laurent dans l’office qu’elle lui a consacré.

Ah ! me disais-je, durant la bienheureuse octave où à toutes les heures de la journée, je gardais présente l’image du martyr sur son gril, avec quel rire reconnaissant, mon Dieu, je devrais recevoir les épreuves qu’il vous plaît de m’envoyer pour mon plus grand bien. Saint Laurent obtenez-moi cette grâce !…

Or, il me l’obtint. Et c’est pourquoi je pus reprendre ma croix et la trouver plus légère.