— Mon fils, répondit le Pape, je ne t’abandonne pas : de plus grands combats t’attendent. Cesse de pleurer : tu me suivras dans trois jours.
Puis il tendit le col au bourreau qui le lui trancha d’un seul coup.
La prédiction de Sixte ne tarda pas à s’accomplir.
Légalement Laurent aurait dû être arrêté sur l’heure. Mais les persécuteurs nourrissaient une arrière-pensée à son égard. Ils espéraient en lui accordant une liberté provisoire, obtenir qu’il leur livrât les prétendus trésors de l’Église. L’événement prouva que tel était leur dessein. En effet, le préfet de Rome fit comparaître Laurent et lui ordonna de livrer immédiatement les sommes qu’il était soupçonné de détenir.
Mais le diacre, prévoyant cette rapine, avait déjà distribué en aumônes la mince réserve dont il avait la gestion. Il demanda un délai de vingt-quatre heures pour répondre. Le préfet, se croyant assuré de toucher bientôt un monceau d’or et persuadé que Laurent craignait pour sa vie, l’accorda.
Le lendemain, le diacre revint au tribunal, suivi des pauvres qu’il avait coutume de secourir.
— Qu’est-ce que ceux-là ? demanda le préfet tout ébahi.
— Ce sont les trésors de l’Église, répondit Laurent. Et il éclata d’un grand rire héroïque.
Déçu dans sa cupidité, mis hors de lui par cette sublime raillerie, le préfet commanda que Laurent fût étendu sur un gril et brûlé à petit feu. Lui-même présida au supplice. Tandis que les flammes entamaient avec une cruelle lenteur les chairs du martyr, il lui disait à tout instant : — Livre ton or ; tu auras la vie sauve.
Mais Laurent riait toujours.